Harry Potter ou le réveil des Ténèbres

Harry Potter n'est pas un petit garçon comme les autres : c'est une porte ouverte vers tous les possibles de l'imaginaire....


Quand on a dévoré la saga Harry Potter avec passion, on n'a pas pu ne pas remarquer certaines zones d'ombre autour de quelques personnages pourtant cruciaux...

J'ai donc utilisé mon retourneur de temps pour aller traîner quelques oreilles de Weasley et, profitant de ma discrétion, lancé quelques sorts de Legilimens. Je me suis concentré sur la période la plus trouble : l'année du Tournoi des Trois Sorciers.

Voici mes reportages in vivo. N'hésitez pas à partager avec moi et les autres vos infos et analyses pour compléter l'enquête !


P.S : il s'agit ici de ma première fanfiction, genre que je méprisais et que, poussé par mon fils de 7 ans qui écrit le prélude de la saga, j'ai eu envie de tester, et je ne pouvais que commencer dans cet univers vu la pottermania dans laquelle mes enfants viennent de me faire rechuter. C'est d'ailleurs aussi l'univers du dernier jeu de société que j'ai créé pour ma p'tite famille !

Harry Potter et le réveil des Ténèbres

A Dobby...

Chapitre 1 - Comme des rats.

- QUEUDVER !


Une décharge violente d'angoisse me réveille en sursaut au point que tout mon corps se crispe de douleur : mon maître m'appelle.


Je m'accroche à la poignée glissante et branlante de la porte d'entrée pour me redresser, haletant, et je me précipite dans les marches craquantes jusqu'à l'étage.


- QUEUDVER !


La voix terrible du Maître résonne plus fort encore dans ma tête et je redouble d'efforts pour sauter deux à deux les derniers degrés de guingois. Et je m'étale lamentablement sur le palier, une douleur fulgurante irradiant de mon tibia.


- J'arrive, Maître ! je gémis, au bord des larmes tant la pression qu'il exerce sur moi devient insupportable.


Je rampe avec empressement vers sa porte, tentant de me redresser sans y parvenir. Presque à quatre pattes, je touche enfin le battant du bout des doigts et je frappe doucement. Il déteste qu'on entre sans y avoir été invité. Je frissonne au souvenir de ma dernière intrusion. La souffrance avait été terrible et interminable.


- Entre, crétin !


La voix geignarde et crissante me fouette le sang et je pénètre dans l'antre de mon Seigneur et Maître.


Je m'approche précautionneusement du berceau antique, ne sachant à quoi m'attendre.


Il est là où je l'avais posé, fripé et grimaçant, agitant vainement les bras dans une grimace horrible. Je me souviens de sa grandeur passée et la comparaison est éprouvante. Mais son regard noir et glacé, sa rage et la puissance qui irradient de son petit corps m'interdisent tout mépris. Et tout espoir de libération.


Si j'en avais eu un.


- Change-moi ! crache le Seigneur des Ténèbres.


- Oui, Maître !


J’acquiesce vigoureusement et m'approche pour le prendre dans mes bras, non sans un frémissement de répulsion et de déférence. Le regard du Maître s'est fait lointain. J'ignore où il est parti mais, comme toujours et sûrement par pudeur, il me laisse seul pour veiller sur sa chétive enveloppe.


Je suis évidemment honoré de sa confiance en moi. Même si je ne suis pas idiot au point de croire qu'il me respecte ; je sais bien que c'est parce qu'il pense ne rien avoir à redouter de moi qu'il me confie ainsi le soin de veiller sur lui.


Je l'allonge sur le plan à langer de fortune et entrouvre les pans de sa couverture. La vue de son corps supplicié et rachitique est toujours une épreuve, mais j'avale ma salive et passe outre mon dégoût pour écarter davantage le tissu.


Quand mes yeux tombent sur la baguette, je connais un moment de flottement. Longtemps que je ne l'ai pas touchée, tenue, utilisée. Elle me manque et, à voir la force d'attraction qu'elle exerce sur moi, je lui manque aussi.


Tandis que ma fascination me fige, je sens ma main qui s'approche irrésistiblement de l'objet de ma convoitise.


Une crampe insupportable me transperce le ventre brutalement et je me retrouve plié en deux, le souffle coupé. Les larmes aux yeux, je croise le regard implacable de Lord Voldemort.


- A quoi penses-tu donc, mon fidèle serviteur ?


- À rien, Maître ! Je vous jure ! je l'implore, désespéré. Je m'occupais seulement de vous suivant vos désirs, Maître.


Je reste en révérence, au supplice, murailles dressées dans mon esprit. J'ai besoin de lui autant qu'il a besoin de moi et je ne peux me permettre de le perdre. Il me tient sous son regard de braise où tournoient des ombres effrayantes. Je n'ose plus bouger malgré la souffrance qui me fouaille les entrailles. Au bout de longues secondes pendant lesquelles je sens la sueur dégouliner le long de ma colonne vertébrale, la douleur s'estompe en ne laissant qu'un vif aiguillon qui me laisse reprendre mon souffle, mais pas mon sentiment d'impunité.


- Eh bien, mon ami, qu'attends-tu pour faire ton office, alors ?


Prudent, je m'approche à nouveau, prenant garde à ne pas fixer la baguette ni la toucher. Sous le regard vigilant et moqueur de mon maître, je dénoue fébrilement les langes et la puanteur me saute au visage comme un épouvantard jaillit d'un trou d'ombre. Frappé au visage, je vacille et, Naginni choisissant ce moment pour serpenter entre mes jambes, je trébuche sur lui en emportant avec moi le linge souillé qui dessine une arabesque dans l'air avant de retomber sur ma tête tandis que mes fesses percutent rudement le sol.


Le serpent géant me jette un regard narquois et s'en va siffler aux pieds du meuble où son maître gît les fesses découvertes.

Lord Voldemort n'a pas manqué une seconde de ma chute ridicule et part d'un rire grinçant qui me blesse les oreilles autant que le cœur.


- Toujours aussi empoté, mon ami !


Puis son rire s'éteint brusquement et il ajoute d'une voix glaçante :


- Que cela te serve de leçon. Nettoie-moi et sors.


Je me relève et, sachant ce qui m'attendrait si je prenais soin de moi avant de m'occuper de lui, je laisse la couche nauséabonde sur mon crâne et je m'active servilement sous son regard triomphant et moqueur.


Je m'accroche à mes murailles mentales. Il ne doit pas sentir l'intensité de ma rage. A aucun prix. Je lui remets un lange propre et je quitte rapidement la pièce pour aller me laver moi-même.


Ce qui m'enrage le plus, ce n'est pas de servir si bassement mon Maître, c'est de devoir le faire de manière si humiliante, si longue, si moldue, alors que ma baguette est à portée de main et qu'un simple sortilège règlerait le problème en deux temps, trois mouvements. Ma baguette. La sienne, désormais.

Dans la vieille cuisine de la cahute miteuse, je pompe laborieusement de l'eau trouble et glacée dans de grands grincements et des glougloutements profonds ; on dirait qu'une armée de strangulos a décidé de coloniser les antiques canalisations.


Je me frotte vigoureusement pour tromper le froid et me débarrasser de l'odeur immonde des déjections de ce Voldemort débilité qui m'a entraîné dans sa chute et que j'espère suivre dans son triomphe.


Si ce triomphe arrive un jour.


En effet, ce petit pot-de-colle de Potter ne cesse de contrecarrer nos plans et, malgré moi, c'est un peu de dignité qui me revient à chacun de ses succès. Incarnant la résistance de ses pauvres parents et, par là-même, leur résurrection, il lave un peu de ma culpabilité chaque fois qu'il diminue la gloire de mon Maître.


Si Lord Voldemort devait apprendre que je nourris un sentiment aussi inadéquat, il trouverait immédiatement mon remplaçant, quitte à embaucher un gobelin ou un détraqueur, et me jetterait dans un trou sans fond où je pourrirais dans la souffrance jusqu'au bout de l'éternité.


Pourtant, James me manque. Notre bande me manque.


Je n'étais pas le membre le plus brillant de notre quatuor, loin s'en faut, mais j'en faisais partie.


Pas un jour où je ne regrette ma trahison. Pas un jour non plus où je ne me conforte malgré cela dans mon choix : je n'aurais jamais eu la force, jamais possédé le courage de résister aux tortures et aux sorts de Voldemort. Je n'étais pas le lumineux James, ni même ce sombre Remus, pas même ce fanfaron de Sirius. Je n'étais que la puce sur le pelage du chien qui trottait derrière le loup qui révérait le soleil. Rien qu'un parasite. Heureux de baigner dans leur prestige et satisfait de me délecter de leurs miettes, mais un parasite, une ombre.


Et j'avais basculé dans les ténèbres.


Et je n'avais pas manqué de le regretter depuis, mais qu'aurais-je pu faire d'autre ?


Une vague de feu semble soudain me percuter de plein fouet et je me retrouve à genoux sur les planches vermoulues et crasseuses à vomir de la bile et du sang.


- J'ai faim !


Il est l'heure d'apporter son repas au Seigneur des Ténèbres. Je me redresse péniblement et sors du Glacetout une outre de soupe de licorne, seule nourriture qu'il accepte et qui le maintient en vie, et je me retourne. Le récipient flasque dans la main, je m'immobilise devant les deux portes. L'une conduit vers l'extérieur, ses collines à perte de vue, ses forêts sombres, son ciel radieux - et la liberté ; l'autre mène à l'escalier vers les étages de la cabane hurlante.


J'hésite à nouveau. Si je m'en vais, Lord Voldemort restera impuissant dans cette ruine et s'affaiblira peu à peu jusqu'à la mort - mais j'agoniserai dans les pires souffrances à peine franchi le perron ; si je reste, je serai humilié, torturé, Voldemort regagnera peu à peu sa puissance et son pouvoir - si ce petit empoté de Potter ne parvient pas à contrecarrer les plans du Maître des Ténèbres. Si je pars, je regagne un peu d'honneur mais je meurs ; si je reste, je garde la vie sauve mais abandonne tout respect.


Une lance brûlante se fiche soudain dans ma poitrine et, comme harponné, je suis violemment tiré vers les marches obscures et vers sa chambre.


J'ai encore manqué une occasion de faire le bon choix.



Chapitre 2 - Chères oubliettes...


Dans la pénombre sèche de la salle des potions, je contemple la flamme d'une bougie, immobile et impassible.


Bientôt une heure que je suis là à faire le vide, à renforcer encore et encore ses murailles mentales, à bâtir des murs de vent entre l'implacable Professeur Rogue et ses redoutables démons intérieurs. Démon aux cheveux longs, hurlant de terreur dans ses derniers instants à vivre, démon à la robe joyeuse tournant avec de grands rires dans les bras d'un autre que lui, démons du passé le torturant de regrets et de remords.


Démon du présent, aussi, au sourire insouciant, aux yeux rieurs inoubliables, aux cheveux en bataille honnis. Et qui va bientôt entrer dans son repaire souterrain, son havre d'exil.


Harry Potter.


D'ailleurs, des voix et des pas résonnent déjà dans le couloir.


Les mâchoires et les paupières de Severus se crispent et la flamme jusque là fixe se trouble et s'éteint sans laisser de fumerolles.


Il se lève pour faire face à la horde juvénile qui va pénétrer dans son antre.


Stoïque, il plante son regard noir et pénétrant dans celui de chaque élève. Ses lèvres ne bougent pas : il n'en a pas besoin.


Il cherche dans ces esprits immatures les fissures dans lesquelles le Mal peut s'infiltrer. Il sonde ces têtes innocentes pour repérer les graines de Ténèbres qui y ont été semées.


La plupart de ces enfants ne sont que des êtres fragiles, dociles, que le Mal et le Bien ne peuvent que se disputer sans réussir à les gagner définitivement à leur cause, mais quatre d'entre eux ne sont pas de cette engeance brouillonne et futile.


Londubat, d'abord, étouffé par la perte de ses parents et sa grand-mère envahissante et autoritaire. Au bord de l'effondrement perpétuel, mou et défaitiste, il cache en lui une force qui ferait honneur au grand Godrick Gryffondor lui-même. Mais Neville l'ignore et pourrira dans le marasme s'il n'est pas durci par les épreuves.


L'insupportable Granger, aussi, est un être trop ambitieux pour son bien. Si elle ne se heurte pas à plus brillant, à plus dur que son intelligence, elle se fera dévorer par l'orgueil. Trop réprouvée, elle cessera de croire en elle et deviendra une pleurnicheuse se croyant la honte de ses parents.


Potter est un cas plus épineux. Ses yeux le consument et son sourire le révulse. Pourtant il est trop important pour que ses sentiments entrent en ligne de compte. Ou les siens. Il ne doit pas devenir le petit arrogant sadique qu'était son père, mais il ne doit pas non plus se laisser sombrer dans le misérabilisme de sa situation d'orphelin. Il doit se dépasser et forger des liens forts avec quelques précieux amis pour se soustraire à la tentation du Mal comme à celle de la fuite.


Enfin, il y a Malefoy. Le pion Malefoy. Utilisé par son père, utilisé par Voldemort, utilisé par Dumbledore. Et utilisé par Severus lui-même. Écrasé et dominé par son père orgueilleux et méprisant, il doit fixer son affection sur d'autres modèles, d'urgence. Qu'il puisse respecter sans crainte d'en être détruit. Mais Severus ne peut s'opposer directement à Lucius sans attiser la suspicion des mangemorts et ébranler la confiance que Voldemort garde en lui.


Il joue avec le feu. Et il le sait.


- Si monsieur Potter a terminé de parader parmi ses fans et les Gryffondors veulent bien condescendre à écarter un moment leur obsession pour les divertissements sportifs afin de se confronter à l'art noble et exigent de la confection des potions, nous avons des examens à préparer avant que les vacances ne viennent balayer les maigres connaissances que vos petits cerveaux stériles ont péniblement fini par emmagasiner !


Ce sourire insolent de triomphe qui s'efface met Severus en joie mais le regard vert rageur que Potter lui envoie a tôt fait d'éteindre cette lueur de gaieté.


- Miss Granger, j'ose espérer que vous ne cherchez pas à dépasser les limites de votre inépuisable arrogance en levant la main pour donner des réponses que personne ne vous a demandées...


La jeune fille accuse le coup avec impassibilité et ne baisse pas son bras, continuant de le fixer.


Malgré lui, il doit bien admettre que cette petite a du cran.


- Qu'y a-t-il, Miss Granger ? se résigne-t-il.


- Professeur, puisque la coupe de feu a été ensorcelée, ne pensez-vous pas que le Tournoi des Trois Sorciers lui-même est compromis par des mangemorts ?


- Miss Granger, je ferai part au Ministre de la Magie en personne et à ses pauvres et incompétents aurors de vos brillantes déduction afin que tous ces professionnels qui œuvrent à notre sécurité depuis bien avant votre naissance cessent de se conduire en amateurs !


Elle consent enfin à baisser son bras, enfin mouchée - du moins temporairement - et Severus en profite pour échanger un sourire fugace avec Malefoy.


Enfin, le calme étant enfin total, il entame son cours sur les potions de guérison.



Chapitre 3 - La nuit


A pas de loup sur le grand escalier de marbre blanc, je descends vers le bureau de mon père. Le crépitement caractéristique de la poudre de cheminette et surtout le claquement de l'air à l'apparition du visiteur m'ont réveillé.


Je veux savoir.


En silence, je m'approche de la porte et colle mon oreille au battant.


Rien. Assurdito, forcément.


J'hésite, mais si j'essaie de dissiper le sort anti-espion, mon père risque de le savoir et c'est hors de question.


Je décide d'entrer dans la bibliothèque en laissant entrouvert pour guetter la sortie de son interlocuteur et surprendre des bribes de conversations.


C'est long et l'envie de dormir se fait insistante mais je me force à rester conscient. De dépit, je tente sur moi-même le sortilège Revigor, mais la décharge d'énergie m'arrache un cri que je peine à réprimer. Anxieux, je cesse de respirer, tout oreilles.


Apparemment, le sort de silence a été lancé à double sens pour éviter d'éventuels dérangements.


Je recommence à respirer, soulagé.


Enfin, la porte se rouvre et un petit être répugnant trottine hors de la pièce : habits raidis de crasse et déchirés, manteau en cape qui répand à chaque pas la puanteur de l'individu, cheveux filasses et gras collés sur un crâne qui se dégarnit, visage pitoyable sur une carrure trapue, le visiteur ploie sous un sac trop lourd pour lui et qui semble renfermer un contenu mou et informe.


- Dis-lui bien qu'il devient de plus en plus difficile de s'approvisionner.


Le chuchotement de mon père, sec et méprisant comme à son habitude, semble faire porter un fardeau supplémentaire au petit homme disgracieux, qui acquiesce en silence.


Mais j'ai senti dans la voix de mon père une fêlure.


Il raccompagne l'autre au bout du couloir et j'entends à nouveau le crépitement des flammes magiques lorsque celui-ci disparaît par la cheminée du petit salon.


Je retiens mon souffle en fixant le dos de mon père. Celui-ci se retourne soudain et remonte le couloir dans ma direction. Je m'écrase contre le mur en attendant qu'il passe, tâchant de calmer mon cœur qui bat la chamade.


Tout-à-coup, ses pas s'arrêtent devant la porte et je prie de toute mes forces tous les dieux que je connais qu'il ne me repère pas.


- Drago.


La voix de mon père, un susurrement glaçant. Je ne bouge pas.


- Lord Voldemort t'aurait tué dans pareil cas. Mais, avant, il t'aurait fait souffrir. Longtemps.


Je ne réponds pas. Comme stupéfixé, je reste immobile, espérant que tant que je ne le vois pas en face de moi, que je ne me trouve sous son regard perçant, il ne m'arrivera rien.


- Et il aurait raison.


Le silence, de plomb, s'abat entre nous comme une tranchée infranchissable de feu sorcier.


Puis je l'entends s'éloigner sans un mot et je me retrouve dans le noir.


Seul.



Chapitre 4 - Ombre et lumière...


Un chat se frotte contre le piédestal d'une statue de phœnix aux ailes déployées qu'abrite une alcôve dans le mur, mais le groupes d’élèves encapuchonnés de noir passe à côté sans leur prêter attention.


Il faut dire qu'ils ont l'habitude de voir la chatte de Rusard dans tous les recoins du château, espionnant les élèves à l'affût d'un mauvais coup ou, plus probablement, à la recherche des souris, rats et autres petits animaux qui grouillaient dans les ombres.


S'ils avaient été plus attentifs, ils auraient reconnu ce chat élancé, racé, très dissemblable en fait de la bête hirsute du concierge.


Lorsque le groupe disparaît, un voile trouble enveloppe l'animal qui enfle et se déforme pour prendre l'apparence d'une vieille sorcière en tenue sévère.


Minerva McGonagall.


Le professeur regarde par-dessus son épaule et, en réprimant un sourire, prononce le mot de passe du moment : Reverdi patati. Elle s'amuse toujours de l'apparente puérilité des trouvailles du Professeur Dumbledore, même si elle s'étonne chaque fois de la complexité tortueuse qu'il y dissimule.


Le phœnix se met à tourner sur lui-même pour s'élever peu à peu en découvrant tout autour de son pied un escalier à vis secret. Elle monte sur une marche et se laisse emporter dans ce lent tourbillon de pierre.


- Bonsoir, Minerva. Y aurait-il un problème avec nos pensionnaires ou nos invités ? lui demande-t-il, visiblement inquiet, dès qu'elle a franchi la porte de son repaire.


Elle le regarde un moment avec un sourire et en le rassurant d'un mouvement de la tête. Elle admire ce faisant comme le passage des années l'a mis en valeur, soulignant son sourire, sa sagesse, ses yeux rieurs de rides expressives tout-à-fait distinguées. Elle contemple aussi l'auréole folle et fournie de sa crinière nuageuse.


Ils ont vieilli.


- J'ai beaucoup réfléchi ces derniers jours et je pense que vous devriez revenir sur votre choix d'annuler le Bal du Tournoi. Les aurors patrouillent partout et les sortilèges défensifs ont été renforcés. Nos élèves ont cruellement besoin de légèreté, de divertissement, de rêve, de romantisme, d'amour-


- Oui, Minerva, je vous ai comprise, l'interrompt-il en riant.


Il déchausse ses lunettes et se frotte le visage énergiquement.


- J'ai décidé de limiter les risques d'intrusion en évitant les rassemblements festifs de ce genre. Vous savez bien que Lord Voldemort cherche à semer le trouble dans les esprits et il serait trop heureux de nous gâcher cette fête !


Le professeur McGonagall se mordille les lèvres puis, décidée et le sourire élargi, elle redresse sa baguette :


- Fastuas lyrensis noctibus !


A son murmure, la flamme des bougies baisse en intensité et la musique douce d'un orchestre monte doucement dans la pénombre.


- Albus, allons, rappelle-toi !


Minerva s'approche de Dumbledore en accomplissant une petite arabesque de sa baguette vers ses vêtements :


- Pulchrae nubilis !


Sa robe stricte et sombre de sorcière se mue en un fourreau lumineux et froufroutant ; elle applique le même sortilège et le directeur de Poudlard se retrouve fringant cavalier de cour avec son complet de brocart rouge et or.


Ils se sourient et Dumbledore fait un pas vers sa cavalière à qui il tend la main ; une valse lente décolle alors et le couple tourne doucement entre les meubles chargés de livres et d'objets étranges.


- Souviens-toi comme nous étions à leur âge...


Dumbledore soupire d'aise, la tête de McGonagall contre sa poitrine.


Ils tournent simplement sur eux-mêmes.


- Il leur faut de belles expériences et des souvenirs de bonheur s'ils veulent continuer d'espérer en des jours meilleurs lorsque les Ténèbres grandiront...


Le sorcier s'arrête et lâche, glacé :


- Tu as raison, Minerva, nous allons faire cette fête. Excuse-moi mais j'ai beaucoup de choses à régler pour le Bal et je dois m'y mettre !


Elle le regarde retourner vivement à son bureau pour compulser à nouveau son abondante paperasse.


- Je peux t'aider... ?


Elle ose à peine le proposer, tant elle craint de s'attirer un refus.


- Non Minerva, va te reposer. A demain.


Il n'a même pas relevé la tête.


Minerva reste un instant immobile, mâchoires crispées, puis elle se redresse et quitte le bureau, prête à retraverser le grand château plus habité à cette heure par des courant d'air que par des êtres pleins de vie et d'espoir.



Chapitre 5 - Un temps de chien !


La pluie battante fait comme une brume d'éclaboussures sur le sol des rues de Londres. Claudiquant dans les flaques, un vieux chien noir trempé rase les murs des vieux immeubles décrépits. Il semble essayer de se tenir à l'abri de l'intempérie mais il n'y a guère de refuge dans les rues froides de la capitale.


Les passants pressés l'évitent avec dégoût ou crainte, puis ils l'oublient aussitôt, plus préoccupés qu'ils sont d'arriver plus vite où que ce soit que par les singularités du hasard qui placent sur leur route cet être pitoyable. Étranges moldus...


Enfin, sur une portion de trottoir noyé que rien ne distingue d'une autre tout aussi inondé, le canidé s'arrête et fixe longuement un immeuble, les babines retroussées, la lèvre agitée de tics nerveux. Lorsque plus personne n'est en vue, la forme du chien se fait floue et enfle jusqu'à prendre l'apparence d'un homme malingre, dégoulinant et frissonnant de froid, nu comme un ver. Il se met à marmonner des mots incompréhensibles pour le commun des mortels.


Soudain, un tremblement se fait sentir et, bien que les habitants dans les appartements ne semblent s'apercevoir de rien, l'immeuble semble s'étirer pour révéler peu à peu une entrée supplémentaire, sinistre et et défraîchie, que l'étrange individu franchit avec empressement.


Une fois la porte refermée, au chaud, au sec, il s'appuie contre la porte et sonde la pénombre.


- Bienvenue chez vous, Maître.


La voix, persifflante et haineuse, est pleine d'un mépris évident et d'un dégoût insultant.


Kreaturr.


Les souvenirs jaillissent, violents, putrides et douloureux : les brimades, les moqueries, les insultes, les rejets, les humiliations... Toute une famille liguée contre lui. Les Black. Détestable famille où grandir. Sa famille. Qu'il avait fuie dès qu'il l'avait pu.


Et il était de retour dans la maison de son enfance. Le lieu qu'il revoyait dans ses cauchemars était désormais son havre de paix.


Camouflé par de puissants sortilèges qu'il a mis des semaines à élaborer, ce foyer de souffrance est devenu un abri où lécher ses plaies.


Et il y en avait, des blessures à panser : la perte de James et de Peter, ce traître qui avait resurgi de la mort pour rouvrir les cicatrices fragiles que le temps tâchait de former, le deuil insurmontable de tant d'amis moins proches mais tout aussi précieux : Frank et Alice Londubat, Lili... Et son filleul, le petit Harry, pauvre orphelin qui aura passé sa vie chez de stupides moldus détestables et n'aura reçu en contrepartie du sacrifice de ses parents que vaine admiration du monde des sorciers et menaces incessantes de tout ce que Voldmort compte encore de partisans.


Sans compter ces treize longues années de bagne à Azkaban, ces treize années de tortures quotidiennes entre les mains de ces infâmes détraqueurs à revivre sans arrêt les plus horribles moments de son existence pour qu'ils s'en délectent...


Un frisson le secoue à nouveau.


Il est fatigué de vivre.


Et il se sent seul.


- Mon Maître désirerait-il dîner ?


Terriblement abandonné.


Il réalise cependant qu'il peut y avoir pire qu'être seul quand ses yeux abattus tombent sur son elfe de maison qui se prosterne avec une obséquiosité insolente à ses pieds.


Oui, Sirius a faim. Mais il sait aussi que si l'elfe est obligé d'obéir à son maître, il s'arrange toujours pour se montrer impeccablement irréprochable dans sa désobéissance subtile, respectant à la lettre les prescriptions des Black en matière de décoration, d’assaisonnement, de cuisson - surtout si Sirius déteste et en souffre.


- Seulement du pain, lâche-t-il enfin, prudent, avant de monter se trouver des habits plus chauds et présentables.


Sa chambre n'a pas changé : petit placard sans fenêtres tapissé de noir, sans autre meuble qu'une paillasse sommaire et un coffre à vêtements rudimentaires. Sinistre.


Sa chambre.


A peine mieux qu'Azkaban, mais il ne peut se permettre de faire le difficile, recherché qu'il est par les mangemorts autant que par les aurors du Ministère.


Il renfile son unique tenue, dans un état déplorable et que la magie elle-même ne peut plus guère sauver, puis il redescend, plein d'appréhension.


Kreaturr est introuvable et, sur la table de la salle à manger, il tombe sur un énorme pain au cumin et aïl-des-ours. Et rassis, qui plus est, posé dans une couche de poussière.


Sirius en aurait presque l'appétit coupé.


- Kreaturr ! appelle-t-il sèchement.


Il doit répéter trois fois sa sommation en hurlant avant de voir apparaître devant lui la physionomie détestable de cet esclave qui le hait. Mais l'un et l'autre savent être coincés : l'elfe est conscient qu'il ne sera jamais libéré car il connaît trop de secrets que Sirius ne peut se permettre de dévoiler et Sirius, cerné de toutes parts, ne peut sortir d'ici sans risquer d'être découvert et tué - ou pire...


- Kreaturr, rapporte-moi six potimarrons et deux kilos de pommes de terre en bon état, mûrs et prêts à être épluchés, cuisinés et consommés de manière que j'apprécie le repas.


L'elfe réfléchit un instant puis disparaît. Pourvu qu'il n'ait pas trouvé un moyen de détourner mon ordre, se dit alors Sirius, anxieux et affamé, en se laissant tomber sur une chaise qui craque.



Chapitre 6 - Sur des charbons ardents...


Tiré de ma réflexion par l'atterrissage d'une note de service près de mon encrier, je me redresse et réalise à la douleur qui traverse mon dos que cela fait déjà plus d'une heure que je suis penché sur le document, plongé dans des hypothèses plus inquiétantes les unes que les autres.


J'attrape le petit hibou de papier rouge et le déplie.


"Expéditeur : Bureau des aurors.


Destinataire : M. Fudge, Ministre de la Magie.


Objet : Mme Ombrage Dolores.


Monsieur le Ministre,


Deux agents chargés de mener l'enquête sur la disparition de votre collaboratrice, Mme Ombrage, m'ont fait parvenir ce matin à l'aube un rapport express faisant état de la découverte de cette personne au village de Pré-au-Lard par un habitant.


D'après nos premières informations, elle semblait venir de la Forêt Interdite qui borde l’École de Magie de Poudlard et s'est présentée dans un état avancé de dégradation. Votre collaboratrice était confuse et n'a pu répondre à nos agents que par des propos incohérents. L'aspect pitoyable de ses vêtements, déchirés et sales, laisse supposer des sévices et qu'elle a passé ces quelques mois de disparition dans la nature.


Selon vos ordres, nous l'escorterons auprès de vous dès que les médecins qui s'occupent d'elle la jugeront en état de transplaner. Si cela s'avérait être trop long, nous avons déjà dépêché sur place un véhicule rapide.


Je vous tiendrai au courant des développements de l'affaire.


Votre serviteur,


Legitimus Marshall."


Ce brave Lege. Un des rares alliés de confiance qu'il me reste.


Alors Dolores a refait surface. J'ai hâte d'apprendre ce qu'elle a découvert... La pauvre était dans un sale état ? Les coupables seront châtiés à la juste mesure de leurs méfaits.


Six mois que ma fidèle amie avait disparu... Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ?


Je tapote quelques instants le bois luisant de mon bureau, hésitant.


Mes yeux tombent à nouveau sur le parchemin rédigé par Dumbledore. Ce vieux tordu.


Involontairement, mes mâchoires se crispent et je prends ma décision.


- Mr Baxter, je vous prie ?


L'ancien ministre lève les yeux de son bureau et les baisse sur moi depuis le tableau imposant accroché à ma droite.


- Auriez-vous l'obligence de faire savoir à Mr Marshall que je souhaite que Mrs Dolores Ombrage soit escortée au plus tôt auprès de moi, dût-il la faire voyager en balai ? C'est urgent.


- Bien, Mr Fudge.


Et le vieil homme sévère disparaît du cadre.


Je relis une nouvelle fois le message d'Albus. Impossible de savoir si c'est du lard ou du cochon. Bien obligé de le réintégrer faute de preuves, je suis pourtant convaincu qu'il mijote quelque chose dans mon dos. Dolores me l'a d'ailleurs confirmé : il entraînait l'an passé sa propre milice de jeunes élèves. Et ses élucubrations délirantes et incessantes sur la résurrection de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom sèment le trouble et l'effroi dans la population. Or, l'Histoire nous l'a montré : en période d'agitation, il suffit de regarder à qui profite le bruit pour découvrir celui qui organise les dissensions.


Les mages de la Haute Autorité ont dilligenté une enquête et saisi plusieurs chouettes et hiboux porteurs de messages suspects de la part ce vieux comploteur de Dumbledore : toujours cette façon tarabiscotée de jouer les mystérieux avec ses alliés, de les exhorter à le tenir au courant de tout événement étrange ou inquiétant.


Ce seul souci d'activer un réseau secret d'espionnage suffit amplement à l'accuser à mes yeux. Mais il en faut plus au Magenmagot et je ne peux passer outre cette cour suprême.


Heureusement que j'y ai quelques amis pour me tenir informé de ces éléments stratégiques !


Le Seigneur des Ténèbres de retour ? Et pourquoi pas une rébellion d'elfes de maison, tant qu'on y est ?


Je sursaute brusquement, baguette dressée, lorsque j'entends frapper à ma porte. On ne sait jamais.


- Entrez ! dis-je en m'efforçant de garder une voix ferme.


La porte s'ouvre sur un groupe de sorciers.


- Lege ! je m'exclame devant le petit homme barbu qui entre en me saluant d'un hochement de tête.


- Mrs Ombrage a été jugée apte à transplaner par les médecins. Son mal n'est plus physique. Il va lui falloir beaucoup de repos mais, comme vous m'avez dit qu'il s'agit d'une urgence, je suis allé la chercher personnellement.


- Merci, cher ami.


Je lui serre la main avec une chaleur sincère tout en cherchant à distinguer par-dessus son épaule les personnes qui l'accompagnent : deux hommes impénétrables encadrant une vieille femme enveloppée dans une grande capeline noire. Elle est presque portée par les deux agents.


Dolores !


Je m'approche et, doucement pour ne pas la brusquer, je lui relève le menton du bout des doigts.


- Dolores ? je l’interpelle en murmurant tandis que je croise son regard.


Une étincelle semble soudain animer son regard et elle se redresse vivement pour se jeter sur moi.


Les aurors, surpris, n'ont pas eu le temps de l'arrêter, et le pauvre Legitimus, bousculé comme une quille, est allé rouler cul par-dessus tête. Je leur fais signe de baisser leur baguette et l'un deux se rabat sur l'homme à terre pour le relever.


- Oh ! Cornelius ! Cornelius ! C'était horrible ! Les enfants ! Méfiez-vous des enfants ! Des bêtes ! Dumbledore ! Tous des ennemis !


Et elle éclate en sanglots contre moi.


C'est confus mais pire que ce que je craignais : Albus a lancé la première offensive.


Mais je ne suis pas sans ressources et il va voir de quel bois je me chauffe !



Chapitre 7 - Sans maison.


L'après-midi printanier tire à sa fin dans l'air clair et frais de Saint James Park. Les pelouses, les allées et les bancs se vident peu à peu de tous les moldus qui étaient venus y flâner.


Sous un grand chêne, un couple et leur enfant observent de petits écureuils craintifs en tentant de les amadouer par des miettes de pain. Au bout d'un moment, comme ils se résignent à ne pas pouvoir finir par caresser ces froussardes petites boules de polis, ils rebroussent chemin après avoir remis le garçonnet titubant dans sa poussette.


Les cahots du chemin secouent l'engin et une petite peluche en tombe.


Mais les parents ne remarquent rien et continuent de s'éloigner.


Et la peluche, une girafe verte et violette, saute sur ses frêles petites pattes de coton et se met à caracoler derrière la petite famille. Arrivée à leur hauteur, l’étrange petite créature bondit dans le panier sous le siège.


Satisfait, Dobby sourit dans son buisson et reporte son attention sur une autre famille qui remballe les restes d'un pique-nique en riant.


Il se délecte et ne se lasse pas de ce spectacle exotique de moldus ordinaires dans le ballet routinier de leur quotidien !


Plein d'enthousiasme et de curiosité, il a tant à découvrir ! Alors, chaque jour, il parcourt ce monde dont il ignore tout avec un mélange d'excitation et d'étonnement, le tout relevé d'une pointe de tristesse.


Certes, il est heureux et même au comble du bonheur de ne plus être sous la férule des Malefoy - et malgré lui un besoin presque irrépressible de s'infliger des souffrances terribles monte en lui chaque fois qu'il s'autorise une pensée désobligeante envers ses anciens maîtres (les habitudes sont difficiles à changer...) - mais la solitude est amère à celui qui découvre la liberté et n'a personne avec qui la partager.


Alors il trouve dans son voyeurisme un réconfort ambigu, vivant par procuration des joies qui lui paraissent inaccessibles. Mais chaque jour un sentiment désagréable le ronge un peu plus fort : après des siècles de servitude, il ne sait pas quoi faire de son indépendance. Il se sent inutile.


Il y a bien Harry Potter qui fait face à de grands dangers, mais veiller sur lui, ce n'est pas vivre avec lui, et il a déjà des amis pour partager avec lui les meilleurs, les pires, mais aussi les banals moment de l'existence.


Dobby n'a connu que la servitude aux sorciers et ignore tout de ce que peut être l'existence d'un elfe de maison libre.


Il se frappe brusquement le front du plat de la main : il n'a pas eu de mauvaise pensée envers les Malefoy mais une illumination qu'il s'en veut de ne pas avoir eue plus tôt tant elle est frappée du coin du bon sens !


Élevé pour servir des sorciers, il n'avait vécu que dans leur ombre et s'était cantonné là depuis que Harry Potter l'avait libérer.


Il n'avait pas encore recouvré sa liberté puisqu'il était encore prisonnier de sa soumission au monde des sorciers et, par extension, à celui des moldus.


C'est parmi les siens qu'il doit construire et conquérir sa liberté, dans, par et pour son peuple : les elfes de maison !


Les elfes libres !


Rendu euphorique par sa nouvelle résolution, il a les yeux qui brillent dans le crépuscule. Et puisque sa nouvelle vie a commencé à Poudlard, c'est là-bas qu'il se rendra en premier pour se porter à la rencontre du peuple invisible, cette armée empressée d'esclaves dociles, des ombres pressées, en nombre oppressées.



Chapitre 8 - Comme un gant.


Comme moi.


Elle est comme moi.


Enfin, elle est de meilleure condition. Mais c'est bien la première fois de toute ma vie que je rencontre une femme comme elle.


Comme moi.


Ça tourne en rond dans ma grosse tête et je ne sais pas si je suis heureux ou malheureux.


D'habitude, j'en parle à Dumbledore.


Là, je ne veux pas. Je ne peux pas.


C'est une part secrète de moi qu'il ne connaît pas. Que je ne connais pas moi-même.


Une nouvelle facette de ma vie que je veux garder jalousement pour moi. Rien qu'à moi.


Et à elle, peut-être, si elle veut bien.


L'autre soir, au bal, je me suis senti homme pour la première fois de ma vie. Moi qui ne suis ni sorcier, ni moldu, ni professeur, ni élève, j'étais quelqu'un à son bras. Plus de trop mais à ma place.


Dans la salle de danse, sous son regard, tournant ensemble, ma vie avait un sens.


Nous nous revoyons ce soir pour la première fois depuis cette soirée. J'ai hâte !


J'ai peur.


Tout en caressant Crocdur distraitement, le regard perdu dans les flammes de la cheminée, je revois sans cesse les images virevoltantes de la fête, j'entends encore la musique entraînante... Mais dans mon souvenir, il n'y a plus que nous deux.


Les regards étonnés ou moqueurs avaient été balayés comme rien par la joie de se sentir accepté, admis, apprécié. C'était grisant.


Alors que la lumière décline, je décide d'aller me préparer. Brosser ma barbe broussailleuse et coiffer ma tignasse en bataille va me prendre un moment.


Laissant les gestes routiniers s'accomplir, je retourne me complaire dans mes souvenirs.



Chapitre 9 - Par-dessus l'épaule.


A quatre pattes dans la poussière.


Satanée plume !


Je pousse plus fort sur mon bras pour glisser plus loin sous l'armoire.


La douleur est cuisante mais j'effleure le plumet piteux.


Impossible de l'attraper. Et les araignées et autres bestioles qui me grouillent sur la main achèvent de m'enrager.


Imbécile !


Me rappelant ma baguette, je m'empresse de me redresser et mon crâne heurte violemment le coin du bureau massif.


J’étouffe comme je peux mon hurlement de souffrance, frottant vivement la bosse qui se forme sous mes cheveux.


La vue trouble où viennent danser des feux-follets, je crains un instant de perdre connaissance et titube, paniqué, vers ma flasque de polynectar.


Tandis que l'éblouissement et le vertige laissent place à une migraine, je me laisse tomber sur mon fauteuil et saisis ma baguette.


- Accio plume !


Vivement, l'ustensile rejoint ma main avec docilité et je me retrouve avec une montagne de poussière grouillante entre les doigts.


Un nouveau choc sourd retentit et je lâche encore l'objet qui retourne rouler sous l'armoire.


Je retiens un nouveau cri de fureur et me jette sur le coffre, arrachant un à un les verrous. Le choc du couvercle contre le mur n'a pas fini de résonner que je m'attaque déjà comme un forcené aux cadenas suivants.


Hors de moi, je gémis d'impatience et de colère, me maudissant de cet emboîtement interminable.


Enfin.


Victorieux, je contemple la carcasse chétive de l'auror ligoté et bâillonné.


Malgré son état et sa condition, il me regarde de son œil unique avec une férocité encore farouche.


- Endoloris !


Je savoure ses contorsions tandis que son demi-regard haineux sombre dans la souffrance.


- Endoloris !


Ses spasmes et ses gémissements apaisent ma rage.


- Endoloris !


Des larmes de sang s'écoulent de ses orbites, se mêlant aux ruisselets vermeil s'écoulant de ses oreilles, de son nez et de sa bouche.


J'interromps la séance.


Rien ne me plairait plus que de le tuer, de le voir mourir après une atroce agonie, mais j'ai besoin de lui vivant.


De son corps en tout cas.


Repensant à ce que le vieux Barty et ses aurors avaient pu faire subir à ma mère, un nouvel accès de colère monte en moi, irrépressible.


- Legimens !


Tout-à-coup, la douleur de Fol-Œil se déverse en moi et je suis violemment projeté contre le bureau, l'angle du plateau venant percuter brutalement ma cuisse, et je me retrouve à plat ventre par terre, l'impression d'être disloqué, l'image du sourire goguenard de l'auror flottant dans mon esprit.


Je me redresse, rampe jusqu'à ma baguette, haletant, puis je referme les coffres.


Son visage moqueur disparaît tandis que la souffrance reflue.

Rira moins fort après la dernière épreuve.


Je me masse la cuisse.


Riront tous moins. Pleureront et supplieront.


Et alors, elle sera vengée.



Chapitre 10 - Décrocher la lune !


Tu dois faire quelque chose de grand.


Elle est marrante, grand-mère, avec ses conseils impossibles.


Pas besoin de me le rappeler : je sais que mes parents étaient des gens fabuleux.


Ils me manquent assez comme ça.


Et puis, quelque chose de grand, c'est facile à dire, mais qu'est-ce que ça signifie ?


Je suis nul en magie, nul sur un balai, nul avec mes mains, nul avec mes pieds et, ma foi, je ne compense pas par l'intelligence ou la parole.


Alors, qu'est-ce que je pourrais bien faire de grand ?


La plus grande gaffe de l'histoire de la magie ? L'accident le plus spectaculaire ? La mort la plus originale ?


Je sens bien que, même ma mort, je saurais la rater.


Et ma grand-mère qui n'arrête pas : Frank par-ci, Alice par-là, et puis Dumbledore... Et maintenant Harry, depuis quelques années.


Jusqu'à Hermione. Une moldue, ou presque !


J'adore cette fille - elle est géniale ! -, mais elle n'arrange pas ma situation.


J'entends les acclamations par la fenêtre de l'infirmerie : encore une prouesse qui ne me concerne pas. Krum ou Potter ? Peut-être Cédric ou Fleur ? Ou n'importe qui d'autre, après tout : le talent ne manque pas ! Sauf à moi.


Je sais pas d'où vient le problème, mais je vois bien que je suis pas comme les autres. Personne ne passe la moitié de sa scolarité à l'infirmerie. Je vois bien les sourires moqueurs ou - pire ! - de pitié.


La consternation embarrassée de mes amis me fait plus de mal que le mépris goguenard de tous les autres.


Je dois faire quelque chose de grand.


Mais quoi ?



Chapitre 11 - Comme du lait sur le feu.


- Dobby ! Winky ! Cessez de bavasser et occupez-vous donc de nettoyer tout ça ! Le dîner est fini et il va falloir s'occuper du petit-déjeuner ! Pas le temps de paresser !


Gardy passe à une nouvelle victime sur qui il continue de déverser sa colère impatiente. Grand et gras, Gardy dirige les cuisines de ses hurlements depuis toujours, trônant en maître incontesté sur sa marmite renversée.


Je le hais.


Cet elfe de maison s'est érigé en tyran détestable sans que personne ne puisse dire d'où il tire lui-même ce prestige contestable.


Et chacun de lui obéir avec la crainte d'écoper de corvées supplémentaires ou de se faire roussir le derrière par un de ces brasillons vengeurs qu'il aime tant jeter aux trousses des récalcitrants et maladroits.


Je me tourne de nouveau vers Dobby et puise dans ses grands yeux bleus une paix et une résolution nouvelles.


Je lui souris et il me répond de même.


Nous éclatons de rire.


Gardy se retourne immédiatement sur nous dans un rugissement bestial et une lourde louche en fer effleure la pointe de nos oreilles avant de s'écraser sur le mur dans un vacarme qui fige tout le petit peuple des cuisines dans un silence stupéfait.


Dobby et moi nous donnons la main et transplanons.


Encore hilares, nous nous asseyons au bord du lac, les mains dans l'herbe et les pieds dans l'eau.


- Quel personne détestable, ce Gardy !


Dobby acquiesce en silence, l'air soucieux.


- Qu'est-ce qu'il y a, Dob ?


Il plante son regard bleu dans mes yeux. Il semble plein de souffrance, de tristesse et de colère.


- Gardy va sans doute frapper un autre elfe de maison pour l'exemple. Et pour se venger.


Je hoche la tête, émue, sans rien dire.


Il fixe désormais l'horizon et je le suis vers ces sommets lointains.


Dans le ciel, des sombrals voltigent en hennissant joyeusement.


- Winky, c'est injuste.


Je ne dis rien.


- Nous devons libérer notre peuple.


Je pose ma main sur la sienne et serre doucement.


Oui, nous devons faire quelque chose. Mais quoi ?



Chapitre 12 - Vertige.


Deux heures du matin.


Je flatte doucement le cou de Fumseck.


- Il se fait tard, mon bon compagnon. Il y a tant à faire et si peu de temps...


Je laisse dériver mon regard vers la fenêtre contre laquelle la nuit s'écrase, empêchée d'entrer par la lueur vacillante des quelques cierges qui éclairent chichement le bureau en complément de la lampe de bureau poussée à son maximum près de moi.


- C'est la nuit que les Ténèbres progressent.


Je délaisse mon phœnix et jette un dernier coup d’œil aux derniers rapports qui me sont parvenus cette nuit.


- Incendio, je murmure.


Laissant toute ma correspondance se réduire doucement en cendres, je me lève péniblement et sens craquer mes articulations.


Trop longtemps que je suis assis.


Trop longtemps que je suis en vie.


Je me dirige vers l'une des armoires et ouvre en grand les deux battants, faisant face au miroir en pied dans lequel mon reflet fatigué me contemple.


Du bout de ma baguette, j'effleure le coin droit du miroir.


- Nota bene.


Une toile noire s'étend du coin sur quelques centimètres dans laquelle grouillent des asticots blancs autour d'une araignée arborant un visage presque humain aux traits rageurs : Voldemort.


Au coin gauche, d'un effleurement de baguette, je fais apparaître le visage du jeune Potter, provoquant comme une pierre lâchée dans l'eau des ondes concentriques sur la surface réfléchissante ; dans les remous, je distingue une multitude de silhouettes indistinctes mais dont certaines arborent une tignasse rousse tout à fait reconnaissable.


Entre les deux, les Malefoy père et fils, l'aïeul empêtré dans la toile, l'enfant fasciné par les ondes miroitantes.


Touche après touche, mes préoccupations et hypothèses prennent corps dans le miroir, encadrant mon reflet perplexe et concentré.


Au centre du miroir, Fudge est assis à son bureau et ne cesse de s'agiter en tous sens, entouré d'avions de papier virevoltant furieusement. Certains font une navette nerveuse entre la toile de Voldemort et le ministre, d'autres viennent tournoyer lentement autour de Harry.


A sa droite, des filaments de toile s'accrochent à des manchettes de journaux où des portraits inquiets de proches de disparus jettent autour d'eux des regards désemparés.


A sa gauche, Karkarov et leurs autres invités dansent en riant, mais la Marque des Ténèbres pulse langoureusement au biceps de l'ancien mangemort. Et Hagrid reste prostré et sinistre à manger des yeux la directrice de Beauxbâtons qui l'ignore superbement.


Plus bas, toutes sortes de créatures magiques s'agitent dans un brouillard mouvant dans lequel on distingue, çà et là, la multitude des elfes de maisons armés de torches et d'outils en tous genres.


- L'avenir s'assombrit, Fumseck.


Rêveusement, je relie le bestiaire à Hagrid, Hagrid à Harry et Harry à Drago et, naïvement, je me laisse aller à espérer que cet assemblage hétéroclite et douteux forme sa propre toile, un filet robuste et implacable, un bouclier.


Mais le fulminant et tournoyant ministre de la magie n'a pas l'air d'accord.


- Retrospecto.


Las, je referme l'armoire sur le miroir réfléchissant désormais nettoyé de mes pensées.


- Bonne nuit, mon ami, dis-je avec une dernière caresse au phœnix qui ne dort jamais et continuera de veiller quand je ne serai plus là.


Je souffle les lumières et l'obscurité engloutit tout.


A l'exception du phœnix qui luit doucement dans les ténèbres, prêt à renaître de ses cendres.



Chapitre 13 - Dissonance...


Difficile de soutenir son regard.


Et encore plus difficile d'admettre que ça le soit.


Notre famille est si ancienne, si prestigieuse et influente, qu'il m'est douloureux de ne pouvoir affronter le portrait de mon aïeul. Sa posture en majesté n'y est pas pour rien, surtout en hauteur sur le manteau de la cheminée de mon bureau, mais lire dans ses yeux qu'il me juge à travers la mort et le temps, qu'il me méprise... et que je mérite ce mépris...


Avoir régné de près ou de loin sur le monde des sorciers pendant des siècles et, ce faisant, des moldus, et obéir servilement aujourd'hui à un avorton de sorcier dément et malfaisant, cruel et narcissique - mais tellement puissant !


Je préfère encore le dégoût ressenti devant le miroir, devant ma face blafarde et humiliée, devant mes yeux rougis par les nuits blanches et les larmes dissimulées.


Tant que je préserve les apparences.


Deux coups discrets frappés à la porte.


- Occulto episto ! Revigor momentum !


Les deux formules murmurées précipitamment masquent ma correspondance et donnent à mes traits une apparence moins pitoyable bien qu'éphémère.


- Entrez !


Une jeune sorcière pénètre avec crainte dans la pièce, regard baissé et un plateau fumant à la main.


- Madame m'a demandé de vous monter un repas chaud, se sent-elle obligée d'expliquer face à mon silence crispé.


Cette "cousine" m'a été "recommandée" par Voldemort pour "aider" aux tâches domestiques maintenant que je n'ai plus d'elfe de maison...


Cette plaie de Potter. Ridiculisé par un avorton d'orphelin.


Les mangemorts en avaient fait des gorges chaudes.


Humiliation bue jusqu'à la lie.


Ivre de honte.


Et gueule de bois, encore.


Et faire les basses commissions pour mon maître n'arrange pas mes affaires. Et d'autant moins que je suis suivi.


Les aurors, je peux en faire mon affaire : soumis au Ministère, je peux détourner leur attention par des voies dont j'ai le secret.


A défaut d'amis, d'elfe de maison et de dignité, j'ai encore assez d'argent pour m'acheter quelques consciences peu regardantes.


Me procurer du sang de licorne, c'est plus compliqué. Et coûteux.


Mais Dumbledore est d'une autre trempe et ses alliés plus difficiles à duper. Et ils me suivent comme mon ombre.


Et je suis bien seul.


Ma femme ? Pétrie d'angoisse à l'idée de perdre notre fils.


Drago ? Pétri d'angoisse à l'idée de me déplaire.


Et moi ? Incapable de savoir si je veux qu'il nous rejoigne ou bien qu'il s'échappe. Mais comment pourrait-il s'échapper.


Comment lui échapper ?




Chapitre 14 - Sans anicroche.


Tous des incapables.


Des minables.


Des insectes.


J'ai beau regarder cette centaine de visages en adoration ou craintifs, ponctués çà et là de ruse ou d'ambitions, je ne vois face à moi qu'un ramassis de déchets.


L'armée des Ténèbres.


Un imbécile prend mon sourire amer pour une invitation à la détente. Mauvaise idée.


- Avada Kedavra !


Mauvaise idée pour lui.


Dans l'assemblée, la ruse et l'ambition, comme l'adoration ou la crainte, ont laissé place à la terreur.


Un ramassis de déchets.


La lie du monde magique.


Et c'est avec ça que je suis censé dominer le monde ?


Je m'agite un instant dans les bras de Queudver pour ajuster ma position.


- Bon, je me résigne. Commençons la séance.


Un silence pesant s'est installé depuis que Naginni s'active sur le cadavre de l'imbécile heureux que je lui ai jeté en pâture et aucun de mes zélés subordonnés ne semble pressé de me faire son rapport. Les tremblements de Queudver accentuent ma répugnance et ma colère.


- Qu'en est-il du Ministère de la Magie ? je lance en projetant un sorcier ascétique et obséquieux à mes pieds d'un coup de baguette.


Le désigné volontaire accuse le coup, essoufflé par le choc, et halète un rapport sans intérêt : l'aveuglement volontaire de Fudge est un véritable pain béni et son obsession contre Dumbledore un régal. Un sourire m'échappe devant cette idée saugrenue de mes ennemis se combattant les uns les autres au lieu de s'unir contre moi.


Tandis que ce premier agent se retire avec force courbettes et salamalecs, je lui fais signe de disparaître de ma vue avant que je ne change d'avis.


Forcé d'imposer l'ordre d'apparition de mes rapporteurs, j'attire à nouveau sans aménité le suivant à mes pieds.


La gazette du sorcier ? Verrouillée sur la voix du ministère et donc sans intérêt.


L'international ? Lointain et indifférent aux soubresauts de la petite Angleterre.


Le Magenmagot ? Infiltré et ses membres de plus en plus nombreux à prendre en considération les arguments de mes émissaires.


La peur : le meilleur des émissaires.


Les créatures magiques ? Les pourparlers sont en cours. La plupart des peuples magiques, en effet, sont trop stupides et indépendants pour comprendre ce qu'ils risquent à s'opposer à moi comme ce qu'ils gagnent à me suivre ; pourtant, j'ai besoin d'eux et je dois les apprivoiser peu à peu. Cela prend du temps mais je perds de moins en moins d'émissaires.


Quelques ordres jetés à mes agents pour poursuivre le développement de mon plan de conquête et je laisse le silence résonner, cherchant celui ou celle qui faillira dans ces visages tordus par la crainte.


Dans un coin, Naginni digère, les yeux réduits à des fentes, un large espace vacant autour de lui.


J'ai gardé le meilleur pour la fin.


- Disparaissez tous ! Non, pas toi, Severus.


Les cloportes rampent vers la sortie tandis que je détaille du coin de l'oeil le visage impassible de Rogue dont le regard se perd sans ciller dans la masse grouillante qui s'échappe sans demander son reste.


- Severus, mon ami !


Et il s'en faut en effet de peu qu'il soit ce qui s'approche le plus d'un ami tant il partage ma vie depuis longtemps et tant il entre loin dans mes secrets.


Je reconnais aussi son sang-froid et sa pondération en toute circonstance.


- Maître ?


Sa voix, toujours si neutre et pleine de respect force mon admiration, mais son impénétrabilité demeure un obstacle à ma pleine confiance.


On ne se refait pas.


- Comment vont nos affaires du côté de Poudlard ?


- Le tournoi va bon train. Comme prévu, Potter est en tête et bien parti pour gagner. Dumbledore est inquiet mais il l'est davantage pour les risques classiques qu'encourt tout jeune sorcier dans cette compétition que parce qu'il se douterait de quelque chose.


La voix de Severus est toujours aussi précise et froide. Chirurgicale, comme disent les moldus. La chirurgie est bien une invention humaine pour laquelle je peux comprendre qu'on s'intéresse et l'expression me plaît dans ce qu'elle revêt de tranchant.


- Les aurors ?


- Fol-Œil ne semble pas nourrir le moindre soupçon. Je l'aurais cru plus affûté.


Il jette un oeil à Queudver, qui essaie de se faire discret malgré ses trémoussements agaçants qui me donnent la nausée.


- Me permettez-vous de demander quel est votre intérêt à faire gagner Potter ? Une diversion ?


Les questions de Severus sont toujours rares et précises. Si je ne tolère pas qu'on s'imisce dans mes plans ou qu'on s'autorise avec moi ce genre de liberté, je suis plus ouvert à ce compagnon de la première heure dont j'ai toujours apprécié la vive intelligence et la profondeur de vue. Néanmoins, j'hésite à répondre.


L'enjeu est trop important.


- Tu peux demander, Severus, finis-je par répondre. Mais il est trop tôt pour te dévoiler mes plans. Sache cependant que je n'ai pas décidé de tuer cet enfant. J'espère encore pouvoir le gagner à ma cause. Je sais que tu répugnes à sacrifier inutilement des enfants ; et je partage ton point de vue : un enfant vivant est une recrue potentielle.


Il acquiesce raidement et me demande si j'ai encore besoin de lui. Toujours avare de sa présence, je sais que Severus a à coeur de préserver sa couverture de professeur taciturne et ankysté dans l'école.


- Va, mon ami, et reviens-moi quand j'aurai besoin de toi.


Et sur cette phrase rituelle, il transplane soudain, me laissant seul avec Naginni.


Celui-ci vient se lover contre moi et je lui caresse le crâne.


Bientôt.


Très bientôt.


Queudver remue encore.


- Ramène-moi dans mon lit !


Je me retiens de le torturer pour le réprimander de son manque de tenue : je vais attendre qu'il me pose à l'abri de toute chute.

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