La bûche de Noël

La magie de Noël... Tout s'y trouve promis, emballé, brillant et prêt à jouir... ou à s'écrouler !


J'ai voulu ici m'essayer à un exercice donné en classe à mes élèves : réinvestir l'ensemble des ressorts comiques étudiés dans une saynète sur le thème de Noël : comique de situation, de caractère, de répétition, de mot ou de geste, tout devait y être ; à vous de juger !

La bûche de Noël

A ceux qui font la tête les jours de fête !



Marie et Henri Tournelle, parents de Thierry, 7 ans.

Armande et Bernard Halle, parents de Romuald, 6 ans.




Le rideau s’ouvre sur un salon décoré de guirlandes colorées et de lumières clignotantes. La table, au centre de la pièce, est dressée pour six personnes, avec soin. A gauche, une cheminée où flambe joyeusement un feu. A droite, un sapin croulant sous les décorations. On entend des chants de Noël en sourdine.


Marie Tournelle

(entrant en coup de vent par la droite,

ajoutant des bougies, redressant des couverts,

tournant autour de la table et de la pièce

pour tout vérifier, d’une voix stridente,

pincée par la contrariété, avec des mouvements vifs des bras

pour marquer sa colère)


En plus, je parie qu’elle va encore tout critiquer et que son imbécile de mari va encore se vanter ! A chaque fois, c’est la même chose ! On les invite et ces aigris passent leur soirée à nous la gâcher. Sans compter leur fils qui est plus bête que ses pieds ! Qu’est-ce qu’il va encore nous faire, le neveu dégénéré ? Manger la nappe et s’étouffer ? C’est fait ! Croquer un verre et se couper ? C’est fait ! Glisser de sa chaise et se casser une dent ? Fait aussi ! J’ai hâte de découvrir sa nouvelle folie !


Henri Tournelle

(entrant à la suite de sa femme,

jouant avec son téléphone portable,

d’un pas traînant,

et s’asseyant dans un fauteuil au coin du feu,

d’une voix lente et posée, rassurante et distraite)

Mais non, ça va aller…


On entend la sonnerie à la porte. Marie Tournelle se fige, droite comme un i, crispée, inspire à fond et, après avoir expiré brutalement, sort d’un pas martial par la gauche.


Marie Tournelle

(voix chaleureuse, haut perchée, enthousiaste)


Armande, ma sœur chérie ! Vous voilà enfin ! Je disais justement à Henri que vous n’alliez pas tarder et que j’avais hâte de vous voir ! Oh ! Comme Romuald a grandi ! Et il est tout beau ! Ahaha ! Bonjour Bernard ! Vous avez fait bonne route ? Donnez vos manteaux, entrez !


Romuald, sans repérer le père assis en retrait et concentré sur son téléphone, entre en se décrottant le nez, les yeux écarquillés et souriant bêtement aux décorations. Armande et Bernard le suivent, sans manteau.


Bernard Halle

(sans repérer non plus Henri,

examinant les lieux avec une grimace de mépris,

d’une voix lasse)


Ouais, à part quelques débiles qui devraient pas avoir le permis et qui n’avaient rien à faire sur la voie de gauche avec leurs tas de boue. J’ai acheté la nouvelle Speedus de chez DNW et elle envoie ! Toujours votre vieux tacot ? Qu’est-ce qu’on mange ? (à part, méprisant, à sa femme qui l’a rejoint) T’as vu ? Ils ont remis les mêmes décos qu’il y a deux ans…


Armande Halle

(levant les yeux au ciel

et faisant une grimace de dégoût en hochant la tête)


(A part à son mari, dans l’oreille, en pouffant méchamment) Et c’était déjà moche la dernière fois ! (Tout haut, avec entrain) Tu t’es dépassée, ma belle ! C’est encore plus beau que d’habitude ! Un peu clinquant, peut-être, mais il faut bien ça pour la magie de Noël, je suppose…


Romuald Halle

(sortant vivement son doigt de son nez

et se tournant vers sa mère en entendant « Noël »,

avec un sourire élargi,

d’une voix rendue suraiguë par l’excitation)


Maman ! C’est bientôt les cadeaux ? J’espère que je vais avoir des rennes parce que je veux être roi !


Marie entre enfin dans le salon, visage grimaçant et fatigué, mais se force à sourire et à se redresser dès qu’elle fait un premier pas dans la pièce.


Marie Tournelle

(avec entrain, en ébouriffant les cheveux de Romuald,

qui regarde désormais fixement le bout de son doigt)


Je suis sûre que le père Noël va te gâter !


Romuald Halle

(quittant vivement des yeux son doigt et se tournant

vers sa tante en entendant « Noël »,

avec un sourire élargi,

d’une voix rendue suraiguë par l’excitation)


Tata ! C’est bientôt les cadeaux ? J’espère que je vais avoir des rennes parce que je veux être roi !


Marie sourit à l’enfant sans répondre, gênée, sourit à sa sœur et à son beau-frère.


Marie Tournelle

(se tournant vers son mari, rouspétant)


Henri ! Lâche un peu ton portable et viens dire bonjour ! Tu voudras bien mettre une bûche dans la cheminée ? (haussant la voix) Henri !


Henri se lève enfin sans quitter l’écran des yeux et s’avance vers les invités, tendant la main à Bernard, puis à Armande, puis à Romuald, qui s’était remis à fixer son doigt. Ils lui serrent tous la main, Armande avec une seconde et une grimace d’étonnement désapprobateur, Romuald en fixant toujours son doigt. Lorsqu’il reprend sa main, Romuald cherche sur ses doigts et, ne trouvant rien, retourne observer les décorations. Henri retourne s’asseoir pendant que Bernard et Armande se parlent à l’oreille en ricanant.


Marie Tournelle

(qui tend la tête par la porte de droite et crie)


Thierry ! Descend ! Ton cousin est arrivé ! Viens dire bonjour ! (se retournant, souriant puis, voyant que Henri s’est rassis sans mettre la bûche, voix désapprobatrice) Henri ! Le feu va s’éteindre !

Henri Tournelle

(sans cesser de jouer avec son téléphone portable,

d’une voix lente et posée, rassurante et distraite)


Mais non, ça va aller…



Marie Tournelle

(souriant à nouveau à ses invités,

puis se tournant vers la porte de droite)


Thierry ! Tu pourras penser à la bûche pour le feu ? Il va bientôt s’éteindre ! (se tournant à nouveau vers ses invités, voix désolée) Je suis désolée ! Je vous laisse un instant : je dois retourner en cuisine !


En sortant, elle croise Thierry portant une bûche de Noël qui entre dans le salon. Le garçon se dirige vers la cheminée et jette le gâteau dans les flammes avant de revenir vers les invités. Pendant ce temps, Henri regarde avec perplexité son index, envoie une pichenette sur le bout puis répète le manège avec l’autre main.


Thierry Tournelle

(voix polie, se haussant sur les pieds pour faire la bise)


Bonjour tata. (bise) Bonjour tonton. (bise) Bonjour Romu. (bise) On va jouer dans ma chambre ?


Romuald acquiesce et les deux garçons sortent en courant par la porte de droite. On entend un cri de Marie, en cuisine.


Marie Tournelle

(entrant en hurlant dans le salon)


(A sa sœur, qui hausse les épaules, désolée) Ma bûche ! (A son beau-frère, qui hausse les épaules, désolé) Ma bûche a disparu ! (suivie des yeux par Armande et Bernard, faisant quelques pas pour se planter devant son mari) Henri ! Tu as vu ma bûche ? Elle a disparu ! Tout est fichu !


Henri Tournelle

(sans cesser de jouer avec son téléphone portable,

d’une voix lente et posée, rassurante et distraite)


Mais non, ça va aller…


Marie Tournelle

(se retournant vers la porte de droite en hurlant)


Thierry ! Viens ici !


Armande et Bernard se tournent vers la porte de droite. Le garçon revient en courant, essoufflé et inquiet. Derrière lui, Romuald le suit, la tête d’un bonhomme dans la bouche, et se plante derrière lui pour observer le sapin. Armande et Bernard se tournent vers Marie.


Marie Tournelle

(tâchant de contrôler sa colère et son désespoir)


Thierry ! Où est ma bûche ?


Armande et Bernard se tournent à nouveau vers Thierry.


Thierry Tournelle

(penchant la tête, voix étonnée)


Dans la cheminée, comme tu m’as dit !


Armande et Bernard échangent des regards amusés et se retiennent de rire, tout en se tournant de nouveau vers Marie. Henry, de son côté, s’est enfin débarrassé de ce qui était collé à sa main et est retourné sur son portable.


Marie Tournelle

(faisant quelques pas brusques vers son fils, qui a un mouvement de recul et se cogne dans Romuald)


Quoi ! (se tournant vivement et se précipitant vers la cheminée) Ma bûche ! (se penchant vers le feu) Henri ! Ma bûche est fichue !


Henri Tournelle

(sans cesser de jouer avec son téléphone portable,

d’une voix lente et posée, rassurante et distraite)


Mais non, ça va aller…


Dans le même temps, Romuald, qui tentait de retrouver son équilibre lorsque Thierry l’a bousculé, tombe dans l’arbre de Noël, qui s’écroule en répandant aiguilles et décorations. Une fumée noire et des bips stridents parviennent soudain de la porte de droite et Marie traverse le salon en criant de manière ridicule. Henry ne s’est rendu compte de rien. Thierry essaie de relever son cousin, qui vient de mettre dans sa bouche un sucre d’orge en plastique tombé du sapin. Armande et Bernard se retiennent de rire.


Bernard Halle

(à voix basse, pour sa femme)


Je crois que, pour Noël, ça sent le sapin !


Armande Halle

(pouffant)


Marie doit avoir les boules !



Bernard Halle

(pouffant de plus belle)


J’en connais qui vont se faire enguirlander !


L’alarme s’interrompt. Marie revient dans le salon, cheveux en bataille, l’air défait, épaules basses, reniflant. A part Henri qui ne quitte pas des yeux son portable, tous regardent Marie en silence. On n’entend que la musique et les reniflements de Marie. Armande cesse de sourire et prend un visage peiné. Elle regarde son mari, l’air coupable, en se mordant la lèvre. Il acquiesce, désolé.


Armande Halle

(s’approchant de sa sœur et lui mettant la main sur l’épaule,

la voix douce et consolatrice)


Je suis désolée, ma puce. La prochaine fois, c’est moi qui m’occupe de tout. (puis, d’une voix pleine d’entrain forcé) Et si on commandait des pizzas pour Noël ?


Romuald Halle

(recrachant vivement le sucre d’orge en plastique

et se tournant brusquement vers sa mère en entendant « Noël »,

avec un sourire élargi,

d’une voix rendue suraiguë par l’excitation)


Maman ! C’est bientôt les cadeaux ? J’espère que je vais avoir des rennes parce que je veux être roi !


Bernard Halle

(se tournant vers Henri, d’une voix forte et enjouée)


Dis-moi, Henri, tu crois que tu vas pouvoir lâcher ton portable et aller nous chercher des pizzas ?


Henri Tournelle

(sans cesser de jouer avec son téléphone portable,

d’une voix lente et posée, rassurante et distraite)

Mais non, ça va aller…


Rideau.









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