Chut(e(s)) !

Le couple : rien de mieux pour l'amour, et rien de pire aussi... Petit voyage en violence ordinaire...


Pendant mon année de terminale, une copine avait besoin d'une saynète théâtrale sur les violences conjugales. Ni une, ni deux : la voilà !

Chut(e(s)) !

De l'amour à la haine

Lieu :


Une chambre de jeune femme, bien rangée, décorée avec goût et raffinement. Impression de sérénité et de joie de vivre. Un miroir en pied. Une chaise près de la fenêtre.


Personnages :


Lui : habillé d'un t-shirt et d'un pantalon de jogging sombres et informes, couleur unie ; les cheveux en bataille, mal rasé, le regard fuyant, l'air morne, une voix rauque, des phrases hachées.


Elle : habillée avec style, féminité et naturel, couleurs joyeuses ; les cheveux coiffés avec soin, le visage légèrement maquillé, des gestes dynamiques, un regard tendre, une voix dynamique, une parole fluide et vivante.


Début de la scène : Lui est assis près de la fenêtre, absorbé par la vue, l'air lugubre ; Elle s'affaire à travers la pièce, rangeant des vêtements, replaçant les bibelots, classant des livres, des papiers, dynamique. Départ du son avant les images, fondu en noir.


ELLE (allant et venant à travers la pièce en rangeant) --

Tu m'excuses, mais il faut que je fasse un peu de rangement. C'est terrible : chaque fois que tu passes, je me laisse aller ! Regarde-moi ça ! Il y en a partout ! Tu te rappelles de Marine ? C'est la blonde qu'on a croisée il y a deux semaines en faisant les courses, celle avec qui j'ai discuté pendant près d'un quart d'heure ? Je me dépêche et ensuite on va chez elle.


LUI (tournant de moitié son visage vers Elle, l'air vexé) --

Comment ça, on va chez Marine ? Qu'est-ce qui te dit que je veux y aller ?


ELLE (continuant de mettre de l'ordre dans la pièce) --

Je l'ai revue hier et elle nous a invités à venir boire un verre chez elle. Je lui ai promis qu'on viendrait. Dès que j'ai fini de ranger tout ce désordre, on file !


LUI (se levant brusquement en repoussant la chaise avec violence) --

Non ! je ne vois pas pourquoi j'irais ! Tu aurais pu me demander mon avis !


ELLE (poursuivant son rangement, indifférente au changement d'humeur de Son partenaire) --

Je lui ai promis qu'on irait, alors nous irons ! C'était ma meilleure amie et ça fait près de dix ans qu'on ne s'est pas vues ! Tu vas voir, elle est super ! Ne gâche pas tout par tes caprices !


LUI (soudain nerveux, le souffle plus court, s'approchant d'Elle) --

J'en ai marre, maintenant, que tu me dises toujours ce que je dois faire ! (Elle, poursuivant son ménage, chantonnant doucement) Et regarde-moi quand je te parle ! (Il la saisit violemment au poignet et l'oblige à se tourner vers lui, les traits crispés par la rage) J'en ai assez, tu comprends ? (Elle, surprise par cet accès de fureur, ne répond pas) Est-ce que tu comprends ??? (Il la secoue sans la lâcher)


ELLE (réalisant sa position, indignée) --

Mais lâche-moi, voyons ! Tu me fais mal !


LUI (perdant le contrôle, la gifle fortement, Elle chute au sol) --

J'en ai assez de tes ordres ! Tu te prends pour qui ?! Une princesse ?! T'es qu'une traînée ! Tu me dégoûtes (Il lui met un coup de pied dans le ventre) J'en peux plus que tu me dises toujours : "Fais ci !", ou "Fais ça !" ! Tu me prends pour ton chien ?! merde ! Avec tes grands airs de sainte-nitouche, de grande duchesse ! Tu crois que ça marche avec moi ?! (Il l'attrape par le col et la relève. Elle a la joue rougie, les vêtements froissés, le souffle court) J'en peux plus de te voir te trimballer dans tes tailleurs de putain de secrétaire ! Ne prends plus jamais tes airs de directrice avec moi, garce (Il la secoue et la gifle encore une fois, la maintenant debout par le col)


ELLE (le souffle coupé, la voix déchirée par l'arrivée des premiers sanglots) --

Arrête ! J't'en prie ! Tu m'fais mal !


LUI (la secouant de nouveau, encore plus violemment) --

(confuse, Elle le repousse faiblement)J'arrête si j'veux ! Est-ce que tu arrêtais, quand j'te disais de plus me commander tout le temps ?! Tu te défends, en plus, salope ! (Il la gifle une troisième fois et Elle roule à terre, entraînant des livres et des objets dans sa chute, et se recroqueville dans la position du fœtus, les cheveux décoiffés) Tu fais moins la fière, maintenant ! Hein ?! (Il s'agenouille près d'Elle et l'attrape par les cheveux, l'obligeant à s'allonger sur le dos, la gorge offerte. Il approche son visage du sien) Regarde-toi, maintenant, sale garce ! Tu fais moins ta maligne ! (Elle pleure. Avec sa main libre, Il lui cueille une larme du bout du doigt et la porte à sa bouche) C'est comme ça que je te préfère : soumise, craintive ! Je ne veux plus jamais t'entendre m'ordonner quoi que ce soit ! Je veux que tu me respectes ! T'as compris ?! (Il la secoue de nouveau, et Elle pleure et sanglote de plus belle, cherchant à se protéger le visage de ses mains) EST-CE QUE T'AS COMPRIS ? (Il hurle, la secoue pour qu'Elle lui réponde)


ELLE (entre les pleurs, le souffle coupé) --

Oui ! Promis ! Je le referai plus...


LUI (retrouvant un sourire cruel) --

C'est bien ! Tu vois que t'es pas si bête, quand tu veux ! Dis-moi que tu m'aimes, maintenant, moins-que-rien ! (Elle continue de pleurer et de sangloter) Dis-moi que tu m'aimes ! (Il s'emporte, tire plus fort sur ses cheveux, lui coince les bras avec lesquels Elle tente de se cacher sous son poids) Dis-le ou je te donne une raclée que tu te rappelleras !


ELLE (faiblement, entre ses pleurs) --

Je... Je t'aime... Oui, je t'aime... Arrête, ne me frappe plus... Je t'aime...


LUI (retrouvant un sourire satisfait) --

C'est bien, bébé. Je savais que tu serais raisonnable ! Je meurs de faim ! ça m'a creusé de discuter avec toi ! Il faut dire que t'es quand même bornée ! Allez, j'y vais ! (Il l'embrasse brutalement en lui écrasant les lèvres, Elle tente de se débattre) Quoi ?! T'as toujours pas compris ?! (Il la gifle violemment) Je vais manger. Toi, tu vas me ranger ce foutoir ! Et quand je rentrerai, je veux que tu sois devenue raisonnable et obéissante (Il se relève, narquois) Tu as mauvaise mine ! Tu devrais te faire belle pour mon retour ! Je n'aimerais pas avoir l'impression que tu n'as plus envie de plaire à ton chéri ! A tout à l'heure ! (Il part en claquant la porte et sifflotant un air joyeux)


Elle, sanglotant, essoufflée, recroquevillée par la douleur, les cheveux en bataille, reste quelques secondes prostrée. Puis Elle renifle, commence à se relever en s'appuyant sur des bras affaiblis par la peur et la lutte. Elle se voit dans son miroir, examine les traces des coups sur son visage, celles laissées par ses larmes et son maquillage. Elle détourne le regard et commence à rassembler les objets épars sur le sol, en reniflant dans le silence. Fondu en noir.

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