Mettre en valeur votre texte : une étape essentielle.

Mis à jour : janv. 5


Quelle que soit la manière dont vous voulez diffuser votre texte, il faut donner envie de le commencer...

Un auteur n'est pas un publicitaire : qu'on se le dise. Mais, dans ce secteur, puisque l'offre déborde la demande, les éditeurs ont besoin d'être convaincus, tout comme les lecteurs, qu'ils investissent dans une oeuvre qui vaut leurs efforts. D'où la nécessité de comprendre les éléments de mise en valeur d'un texte : le marketting.


Les différents éléments extratextuels qui font la différence entre un texte ignoré et un texte commencé se trouvent sur la couverture : titre, auteur, illustration de couverture et texte d'accroche. C'est de ces éléments que nous allons discuter. Bien sûr, la couverture ne fait pas le livre et c'est au texte, dans un second temps, de convaincre mais, devant le choix pléthorique, la couverture est décisive...



I. Le texte d'accroche : pourquoi et comment ?


Qu'on l'appelle à tort résumé, présentation ou texte d'accroche, cet exercice est essentiel, en amont comme en aval de l'écriture.


Cette étape vise à mettre en exergue l'intérêt de votre texte : le ton de la narration, les personnages et leur caractère, l'intrigue et son cadre, l'enjeu.


Lorsqu'on est lecteur, il y a deux façons de découvrir un texte : le rechercher spécifiquement parce qu'un tiers nous l'a mis en évidence (publicité, critique littéraire, proche...) ou parce que l'on tombe dessus par hasard. Dans les deux cas, il y aura ce moment où, face au texte, le lecteur aura à répondre à cette question primordiale : pourquoi donner mon temps et mon intérêt à ce texte plutôt qu'aux milliards d'autres qui existent ?


Et cette question, l'auteur doit se la poser également dès les premiers temps de l'écriture afin de développer au mieux son idée en fonction de cet objectif aussi. En effet, un projet doit correspondre à une motivation profonde de son créateur mais il ne doit pas non plus se priver d'une réflexion vitale sur la réception du texte car un livre sans lecteur est un livre mort.


Aussi, le texte d'accroche doit concentrer tous les atouts du texte qu'il représente. On doit y être confronté au style de l'auteur afin de mettre en exergue sa particularité, on doit y découvrir les personnages principaux sous des traits humains afin que le lecteur se sente dès l'abord inscrit dans le récit par le biais d'une identification possible avec les protagonistes, on doit y percevoir un cadre spatio-temporel tangible où se projeter et, surtout, il doit installer une tension à travers la manifestation d'enjeux qui promettent et de l'action et de l'incertitude.





Exemple avec le récit du Petit Chaperon Rouge :


Texte 1 : les erreurs à éviter.


Une petite fille rencontre un loup et se fait manger par lui avec sa grand-mère.


==> Ici, le personnage n'est pas caractérisé, l'action est définitive, achevée, on n'a aucun cadre. On est face à une information brute sans intérêt.


Texte 2 : les règles à respecter.


Dans un petit village au bord d'une sombre forêt, la douce Sophie vit seule avec sa mère. Un matin, celle-ci lui demande de porter quelques provisions à sa grand-mère, qui vit de l'autre côté du bois : la petite vieille est malade et en a cruellement besoin. Mais le chemin est semé d'embûches : un terrible loup rôde et la petite, juste équipée d'un grand manteau rouge et d'un panier de nourriture, offre une cible bien trop facile...


==> Ici, le personnage est caractérisé par un prénom et quelques qualités (douce, petite, sans père, grand-mère malade) : cela lui confère un surcroît d'humanité qui pique l'empathie du lecteur. Le cadre, placé sous une atmosphère inquiétante avec la forêt sombre, contribue à installer un danger que l'enjeu va achever d'intensifier : sauver une grand-mère qui meurt de faim sans sacrifier une fillette dévouée. Au passage, on peut noter une narration pleine de bons sentiments et d'inquiétude, signe d'un texte qui entre en résonance avec les émotions qu'il provoque.







II. Le titre : une clef et des contre-feux.


On néglige souvent la portée d'un titre. Or, c'est le premier élément de texte auquel on est confronté, celui qui nous accroche ou nous indiffère.


Qu'est-ce qu'un bon titre ? C'est une formule concentrée en signaux. On doit pouvoir faire plusieurs lectures du titres, plusieurs interprétations au fil de la lecture, chacune réévaluant le sens du titre en fonction des nouveaux éléments découverts dans le texte. Ainsi, le titre doit fournir a priori une tension symbolique attractive, un horizon d'attentes riche, et a posteriori des clefs de lecture multiples qui nous font dire au cours de la lecture : "Ah ! Mais oui ! C'est bien sûr !".


Pour déterminer son titre, il faut donc partir du texte lui-même en en extrayant les symboles forts, les enjeux, le ton et l'objectif. C'est en mêlant ces aspects dans un remue-méninge qui gagnera à se faire à plusieurs que le bon titre émergera. Parfois, l'inconscient faisant bien les choses, un titre s'impose dès l'ébauche du projet, quand le texte n'est encore qu'un germe d'idée fulgurant dans une expression, un mot-clef. Mais, le plus souvent, le texte s'enrichit et se complexifie au fur et à mesure de l'écriture et il est bon de refaire le point.


Le titre éponyme de l'identité d'un personnage, technique facile, est un choix à double tranchant car un nom, à moins de remonter à une étymologie pas toujours accessible, ne contient que peu d'effets de sens et est donc pauvre en pouvoir évocateur. Souvent utilisée en fantasy, le nom imaginaire (de lieu, de royaume, de personnage) présente des difficultés comparables et gagne à être accolé, donc, à quelque chose de plus signifiant pour le récit.


Le recours à l'anglais, tendance tentante à la mode, est également périlleux car, si l'anglais est synthétique et semble bien se prêter au titrage, il participe d'un conditionnement esthétique inégal et problématique car il véhicule des stéréotypes forts, passionnels, tant positifs que négatifs : je déconseille donc de subir passivement toute influence, notamment anglo-américaine pour les titres et noms de lieux ou de personnage, car cela entraîne le double risque d'une incompréhension liée au barrage de la langue comme de conditionner des horizons d'attente négatifs liés aux a priori dépréciatifs sur la production commerciale hollywoodienne. A utiliser donc avec modération et pondération si le projet légitime son usage.






Exemple avec le récit du Petit Chaperon Rouge.


Si l'on repart du Petit Chaperon Rouge, dont le titre n'a d'efficacité que parce qu'il est répété à l'envi depuis des siècles et inscrit au fer rouge dès l'enfance dans notre inconscient malmené, on peut tenter l'exercice.

N.B. : n'hésitez pas dans vos récits et titres à vous appuyer sur les conditionnements de l'enfance et de la tradition pour renforcer l'impression de familiarité du lecteur : vous gagnerez ainsi des points de persuasion !


Le ton : si on garde celui proposé en texte d'accroche, il y faut du sentiment humain.

Le personnage : on est sur une enfant attachante et en danger.

L'objectif : inquiéter, enseigner les dangers des hommes aux jeunes filles entrant dans la puberté.

Symboles forts : innocence de l'enfance (blanc) ; violence de la puberté et du loup (rouge) ; danger de la forêt (noir) ; caractère essentiel du cheminement physique à travers bois et symbolique à travers temps (chemin, fille et grand-mère) ; l'injonction maternelle à grandir (ordre, solitude).


A partir de là, on pourra proposer des titres associant ces idées en fonction du projet.


Insister sur le danger :

- Le sentier noir

- La forêt de tous les dangers

- Dans la nuit des grands arbres

- La jeune fille, le loup et la mort

- ...


Insister sur le parcours initiatique :

- Le grand jour

- A travers la forêt sombre

- Au devant de la mort

- De la lumière à l'ombre

- A la rencontre du loup

- ...


Insister sur la violence :

- Le sang de l'innocence

- L'enfance dévorée

- Du noir sur le rouge

- Les crocs des bois

- La nuit ensanglantée

- Le sentier de la faim

- ...


Insister sur l'injonction à grandir :

- La mission décisive

- Question de vie ou de mort

- Obéir et périr

- Grandir à tout prix

- ...





III. L'illustration de couverture : un fragile équilibre.



Une illustration de couverture repose sur la même logique que le choix du titre : suggérer des possibles assez évocateurs pour projeter le lecteur tout en restant assez souple pour accueillir les différents sens du texte. A cela s'ajoutent des contraintes de mise en page et de lisibilité : il faut lutter contre la tentation de sursignifier les choses par des polices abracadabrantes, des sous-titres paraphrastiques ou une surabondance d'objets graphiques et symboles en tous genres. Mieux vaut un élément unique et efficace qu'une surabondance d'éléments hétéroclites surchargeant la page.


Avant de donner un exemple, il est vital de rappeler qu'une image possède son langage, ses codes symboliques, qu'il faut connaître pour pouvoir les déchiffrer et les utiliser. A noter que, même ignorant de ces codes, nous sommes formatés par eux puisqu'ils s'imposent chez les artistes et graphistes de tout crin qui nous soumettent à eux et nous conditionnent inconsciemment depuis l'enfance à y être réceptifs. Voici quelques uns de ces codes, en partie illustrés et détaillés dans la fiche très bien faite que j'ai trouvée ici (je remets le fichier, qui ne m'appartient pas, sans sa source, que j'ai perdue : signalez-moi le propriétaire si vous le connaissez) :


- l'échelle de plan : plus on zoome, plus on met en exergue un détail ; plus on s'éloigne et plus on met l'accent sur le cadre, ce qui souligne par exemple un rapport de taille entre un objet/personnage et son environnement, exprimant par exemple un rapport de force.


- l'angle de vue : montrer un objet par en-dessous renforce sa puissance en le grandissant (contre-plongée) alors que le montrer du dessus le rapetisse (plongée).


- la composition : l'organisation de l'image peut se faire en privilégiant des symétries (stabilité, organisation...), des lignes verticales (spiritualité, détermination...) ou horizontales (passivité, stabilité...), chacune de ces lignes dessinant des espaces dans l'image pour mettre en évidence des effets de sens dans le rapport des éléments les uns par rapport aux autres (en haut ce qui domine, en bas ce qui est dominé, au premier plan ce qui importe ou que l'on suit ; à l'arrière plan ce qui est secondaire ou qui menace).


- le sens de lecture : (en occident de gauche à droite et en orient de droite à gauche) avec pour effet symbolique que pour les cultures européennes l'avenir est à droite et le passé à gauche et pour les cultures inverses le contraire.


- la symbolique des couleurs : rouge (sang, violence, passion, douleur), noir (mort, danger, peur), blanc (pureté, sagesse, paradis)...


- la symbolique des objets : ceux qui évoquent des histoires, des actes, des émotions...


- la symbolique des regards : tourné vers le haut (spiritualité), vers le bas (matérialisme), vers l'avenir (détermination), vers le passé (nostalgie), vers le spectateur (défi)...





Repartons de notre Petit Chaperon Rouge.


Je ne reprendrai pas le faisceau de sens développé pour le choix du titre. Voici une liste d'idées d'images qui pourraient convenir :


- Un gros-plan sur un capuchon rouge sombre sur un fond d'arbres vert sombre avec l'intérieur du vêtement plongé dans l'obscurité à l'exception de deux yeux jaunes et/ou de l'extrémité d'une truffe de loup aux babines retroussées sur des crocs sanglants.

==> on souligne ici le danger masqué tout en stimulant un imaginaire du monstre et en suggérant la dualité de l'homme et de la bête.


- Une toute petite silhouette encapuchonnée de rouge qui s'éloigne en trottinant vers l'arrière-plan en suivant un sentier qui s'étrécit en s'enfonçant dans un bois aux arbres gigantesques, sombres et inquiétants dans lequel, pourquoi pas, on peut retrouver la forme d'une tête de loup ou des tâches plus claires suggérant des yeux qui guettent.

==> On souligne ici la fragilité de la fillette innocente face aux dangers écrasants de la forêt.


- Une grand-mère sur son lit de mort dans une cahute sombre, la main crispée de douleur sur le drap et le visage déformé par la fièvre et les cauchemars...

==> On souligne ici l'enjeu mortel pour la vieille femme et la peur, le danger encouru pour la sauver, soulignant ici le sacrifice et l'amour.


- Un face à face entre le loup, sourire tout en crocs, assis en maître à droite sur le sentier et surplombant une petite fille à gauche qui doit lever de grands yeux innocents sur lui au milieu de bois sombres.

==> On souligne ici un rapport de force entre le bien, innocent et chétif, tourné vers l'avenir, et le mal, fourbe et fort, barrant l'avenir de sa malveillance.


- ...





IV. Le nom de l'auteur : du masque à la marque.


Je vois souvent se poser la question du pseudonyme. Pour certains, c'est une identité de superhéros de l'écriture nécessaire à la libération de leur créativité sinon prisonnière des attendus de l'identité officielle ; pour d'autres, c'est un garant de la sécurité de l'intimité, forcément menacée par la célébrité et la dangerosité d'un lectorat incontrôlable ; pour d'autres encore, c'est une posture intellectuelle permettant de cloisonner et séparer des facettes différentes et inconciliables d'une même personnalité.


Or, en creux dans cette question du pseudonyme, on peut lire l'angoisse du jugement d'autrui sur soi. L'acte d'écrire est à double tranchant : il nous élève au-dessus du commun et nous expose à l'admiration et à la jalousie, mais il nous met par extension au ban de la société des productifs, déchaînant le mépris des oisifs et des parasites. C'est le fruit de plusieurs millénaires d'un combat entre les positions aristotéliciennes du poète artisan et celles, nourries par le christianisme, d'un créateur forcément blasphémateur puisque menteur et exaltant l'imaginaire et les émotions fictives. Et à cela se superpose le regard élitiste et contre-élitiste exposé dans mon article "Inspiration et page blanche : le complot latin et ses solutions !"


Choisir un pseudo ou assumer son identité dans ses écrits, c'est donc prendre position dans une société du jugement et en assumer les conséquences extérieures ou intérieures.


Cette question du choix mise à part, le nom/pseudo possède un pouvoir d'évocation par le sens et la forme des mots (par homonymie, associations d'idée, consonance ou étymologie) ou par l'univers linguistique et culturel qu'il convoque avec ses représentations et stéréotypes positifs ou négatifs (le monde anglosaxon et son attrait comme ses facilités, le monde arabe et son exotisme ou les réactions racistes qu'il suscite, le monde oriental et son mystère ou ses représentations stéréotypées...). C'est donc, là aussi, une réflexion marketing et artistique à mener.


Voici un petit article qui fait néanmoins la synthèse des avantages à prendre un pseudonyme.



V. Diffuser son oeuvre et se faire connaître



Enfin, quand tout est prêt, il faut bien se faire connaître pour être découvert, se vendre sans s'imposer, se vanter sans prétention : un numéro d'équilibriste !


En réalité, tout est question de patience et d'investissement : les réseaux sociaux, les événements du livre, les partenariats avec des librairies et bibliothèques peuvent être des occasions de se faire connaître. Il faut chaque fois faire oeuvre de persuasion, se proposer sans agressivité, créer le besoin plutôt que de forcer la vente.


Ainsi, guettez un peu partout les occasions où votre oeuvre peut intéresser afin de la proposer quand c'est pertinent.


Nouez des relations en vous intéressant à ceux qui gravitent autour de votre production, auteurs et lecteurs.


Utilisez des plateformes de vente enregistrant les avis clients ou concevez ainsi votre propre site de manière à pouvoir renvoyer les lecteurs vers lui où ils trouveront et laisseront des opinions sur votre oeuvre.


Incitez gentiment vos lecteurs et proches à propager l'existence de votre création pour élargir peu à peu votre public par le bouche-à-oreille.


Bref, patience et persévérance. On ne devient que rarement riche d'argent avec l'écriture. On enrichit d'abord son monde intérieur et on s'enrichit surtout de rencontres et de retours.



Choisir son éditeur


Pour la question des maisons d'édition, gardez en tête que si vous ne payez rien, c'est que l'éditeur croit en vous et fera des efforts pour vous vendre et ainsi se rembourser. Si vous devez payer, c'est que l'éditeur n'est qu'imprimeur et compte davantage sur votre porte-feuilles pour se rembourser : c'est vous qui devrez donc mouiller votre chemise pour vous rembourser péniblement des frais engagés. Autant donc avoir recours à l'auto-édition, dans laquelle vous restez maître et propriétaire, sans céder tout ou partie de vos droits à des charlatans qui vous brossent dans le sens du poil pour mieux vous tondre. Ignorez donc les pseudo éditeurs qui vous font payer leurs services ou se paient en vous forçant à acheter vos propres bouquins, et ciblez les maisons d'édition publiant des livres dans le genre du vôtre (allez en librairie pour voir).



Petit article qui propose une synthèse éclairante du monde de l'édition.




Le prix juste, le juste prix


L'autoédition permet de fixer son prix de vente.


Dès lors, la tentation est forte d'opter pour un prix élevé afin de gagner de l'argent très vite, ou bien pour la gratuité afin de déclencher un maximum de commandes.


Sauf que ces deux stratégies sont vouées à l'échec.


En toutes choses, il faut viser l'équilibre.


Pour un ouvrage papier, il faudra nécessairement couvrir les frais d'impression et d'expédition, ainsi que les frais de fiscalité engendrés par les revenus générés par vos ventes (rapprochez-vous de votre centre des impôts pour obtenir des précisons). Une fois ce minimum fixé, tout supplément est une marge, et il vaut mieux gagner peu sur chaque livre et en vendre beaucoup grâce à un prix plus bas, que gagner beaucoup sur un livre et n'en vendre qu'à quelques proches.


Pour un ouvrage numérique, bien évidemment, le coût de production étant nul, le prix s'en trouve forcément réduit.


La gratuité donne en revanche l'impression d'un ouvrage sans valeur, et ne génère pas forcément tant de commandes. Donc, il ne faut pas en abuser. Cela permet en revanche de susciter une forme de gratitude du lecteur qui permet de lui demander un commentaire sur votre site ou plateforme de vente, commentaire qui aura des chances d'être positif et qui pourra ensuite déclencher des ventes.




P.S. : Tous ces articles sont le fruit de mon expérience, de ma réflexion et de ma volonté de vous aider dans vos projets. N'hésitez pas à voter, questionner, amender, compléter ou critiquer pour enrichir les contenus et me faire savoir si mon travail vous est utile et comment il peut l'être davantage !

A très bientôt !