Langue : parfaire son écriture et muscler son style !

Mis à jour : janv 5


Ecrire, c'est utiliser sa langue pour exprimer sa part de subjectivité...


I. Le français : une langue à tourner sept fois dans sa bouche !


Notre langue, comme toutes les langues vivantes, est une langue en évolution constante depuis ses origines. En résultent des usages différents selon les époques et les milieux, un vocabulaire spécifique à chaque cadre particulier, une orthographe, une grammaire et une syntaxe construites sur des règles simples :


- la loi du moindre effort - les locuteurs simplifient l'expression pour aller au plus simple.


- la loi de l'efficacité - les locuteurs (ré)introduisent de la nuance pour exprimer la subtilité.


- la loi du plus fort - les normes linguistiques sont imposées conjointement par l'affrontement d'une élite politique (en France, c'est la monarchie absolue, dès François Ier puis sous l'égide de Richelieu et l'Académie Française ensuite, qui ont imposé contre tous les parlers régionaux un français unifié reconstruit à partir du grec et du latin) et de la masse des locuteurs vernaculaires (le peuple et sa pression par le nombre, qui pousse notamment à la réforme de l'orthographe proposée depuis 1990).


Ainsi, tout artiste travaillant avec pour matériau notre langue doit avoir en tête que notre langue, comme bien d'autres sans doute, est en tension permanente et, donc, toute utilisation devient politique par sa soumission à la norme ou sa remise en cause permanente.


En particulier, je profite de l'occasion pour évoquer la posture du correcteur, du censeur de la langue, celui qui compte les fautes, juge et condamne. La langue est un bien universel, tout comme la liberté d'expression et de penser. Or, nombre d'experts de la langue se posent en moralistes puristes et bâillonnent l'expression en faisant un écran au sens des fautes morales, ces péchés linguistiques qui émaillent certains textes. La faute est une notion morale, chrétienne, qui repose sur une condamnation à l'enfer pour péché. Pointer agressivement les fautes a souvent pour effet de décourager, brider et humilier celui qui est la cible des critiques. Et ce n'est pas sans une certaine intention de nuire que ces critiques mitraillent les moins compétents : en rabaissant autrui, on se sent médiocrement supérieur à lui. Il faut donc considérer l'erreur pour ce qu'elle est : une maladresse due à une méconnaissance et non une salissure de l'âme qui condamne celui qui la commet. De son côté, tout pratiquant d'une langue doit distinguer son énoncé et les maladresses qu'il commet de ce qu'il est et vaut lui-même. La langue est un matériau, un objet ; il n'est pas la personne mais un moyen de représenter sa pensée.


Enfin, je ne peux pas ne pas rappeler que la langue française est comme peu de langues le sont un instrument politique élitiste construit par le pouvoir monarchique absolu au moyen du dictionnaire de l'Académie Française dans le but de permettre à une classe dominante de se maintenir au pouvoir. L'orthographe est donc l'outil qui permet à une tyrannie de se maintenir en place. Voilà pourquoi c'est l'outil de discrimination principal et l'argument premier dans la vie démocratique : si tu ne maîtrises pas cette orthographe fantaisiste et incohérente, tu es un débile qui n'as de place nulle part. Or, qui peut maîtriser un tel code sinon celui qui a grandi dans un milieu où il est déjà bien installé depuis des générations ? Petite vidéo amusante pour faire le point sur cette question et se décomplexer une bonne fois pour toutes face à cette dictature de l’orthographe et se libérer de son oppression :


https://www.youtube.com/watch?v=5YO7Vg1ByA8&feature=youtu.be




II. Le français et ses embûches : typologie des erreurs de langue.


Le français est donc une langue qui présente un grand nombre d'originalités orthographiques du fait de son histoire dont on a souhaité garder des traces étymologiques*, du fait de son évolution en tension et du fait de la crispation politique entre conservatisme élitiste et pression populaire.


Néanmoins, on peut distinguer trois grandes familles d'erreurs :


- les erreurs d'orthographe lexicale - ce sont toutes les erreurs d'orthographe portant sur la forme du mot du fait de son étymologie. Connaître quelques rudiments de latin, notamment autour des préfixes et suffixes, peut aider mais, en réalité, avec la présence quasi systématique de correcteurs orthographiques automatiques qui gèrent très bien cette problématique, nulle raison de se tracasser pour cela.


- les erreurs d'orthographe grammaticale - ce sont toutes les erreurs liées à une mauvaise gestion des règles d'accord et de conjugaison ou les confusions d'homophones, soit par méconnaissance de celles-ci, soit par défaut d'attention et de rigueur. Ces erreurs reposant sur un nombre restreint et fini de règles, ce sont les plus faciles à circonscrire puisqu'il suffit d'apprendre ces quelques règles et de les comprendre pour éviter la plus grande partie des erreurs qui donnent une mauvais image de vos écrits.


- les erreurs de syntaxe - ce sont toutes les erreurs liées à la construction des phrases et à la ponctuation. Si la syntaxe s'apprend essentiellement par mimétisme en lisant, l'usage de la ponctuation, et notamment des signes faibles (virgule, point virgule, double point, point), est souvent maladroit et repose pourtant sur des règles claires.



* Pour conserver une trace orthographique de l'histoire de notre langue, on a par exemple introduit l'accent circonflexe pour manifester un -s- original disparu que l'on retrouve dans d'autre mots de la même famille : fantôme (fantasme), fenêtre (défenestré), goût (dégustation), château (castel), bâton (bastonner)...



III. Corriger ses erreurs : la boîte à outils.


Voici une liste de ressources utilisables pour vous aider à dompter la langue française et améliorer votre écriture. A la fin de l'article, retrouvez mes fiches de cours et leurs exercices pour vous former et/ou vous perfectionner. N'hésitez pas à m'interroger si vous en éprouvez le besoin ; je vous demanderai simplement de le faire en commentaire afin que les échanges servent aux autres lecteurs de l'article.


La question du choix des temps.
L'étude de la conjugaison française à l'école pose le problème de l'éclatement des temps alors qu'ils forment un système qu'il s'agit de comprendre dans son ensemble
J'ai fait une fiche de synthèse sur ce système et disponible à la fin de mon article sur la langue : https://www.laplumeamie.com/blog/langue-parfaire-son-%C3%A9criture-et-muscler-son-style
Par ailleurs, les usages des temps, notamment en littérature, font la part belle au passé simple, non par logique de la langue, mais bien par tradition, dans ce même état d'esprit élitiste qui dirige la conduite de notre langue et la critique artistique depuis que Richelieu et ses successeurs ont conçu la langue comme un outil de la domination d'une minorité sur les masses : codifier la langue et les arts de manière à ce que seuls les initiés puissent hériter des clefs qui les maintiennent au pouvoir, et générer ainsi un sentiment d'infériorité dans les masses pour légitimer leur soumission à une caste. Le système républicain n'a fait que surlégitimer ce système en créant par l'égalitarisme une fausse impression d'égalité de fait qui ignore en réalité les inégalités structurelles et individuelles.
Voir à ce sujet mon article sur le mensonge de l'inspiration :
Le passé simple est un temps hérité du latin pour conter la mythologie, c'est à dire une époque clairement coupée du présent, un temps révolu. C'est pourquoi le passé simple est fondamentalement inconciliable avec le présent. C'est le temps de la fiction, dans un espace-temps différent de celui du lecteur, dont le lecteur est donc absolument séparé à la fois dans son passé, son présent et son avenir. C'est le temps idéal pour les fictions mythologiques, mais pas pour les textes ayant vocation à créer l'identification du lecteur aux personnages et leur immersion dans l'intrigue et son cadre.

Le passé simple comme le présent sont les temps de référence du récit (au passé pour l'un, au présent pour l'autre), et chacun de ces temps accompagne donc le principal de l'action, la pensée et le "présent" du personnage.
Ils sont complétés par des temps permettant d'évoquer des événements antérieurs et postérieurs, ou bien par d'autres permettant d'évoquer l'arrière-plan.

Ainsi, dans un récit au présent simple, on évoquera les actions passées essentielles au passé composé, et l'arrière plan passé à l'imparfait (le plus que parfait servira pour des faits encore antérieurs et préalables à ceux évoqués à l'imparfait) ; le futur simple servira pour les actions à venir et le futur antérieur pour des actions à venir préalables à celles exprimées au futur simple. Le présent sera utilisé plus largement pour l'action principal et le cadre immédiat de cette action. Bien évidemment, on retrouvera ce système dans les répliques des personnages même si le récit est au passé.
Ex. : Quand j'avais fini (plus que parfait d'antériorité du cadre) mes devoirs, je sortais (imparfait d'arrière plan pour cadrer l'action de jouer) dans la rue jouer avec mes amis. Que j'ai passé (passé composé d'antériorité d'action) d'heures à m'amuser avec eux sur les trottoirs et les parkings ! J'en garde (présent simple de narration) aujourd'hui un souvenir ému, enthousiaste, que je chérirai (futur simple) encore quand tout le reste aura sombré (futur antérieur). Lorsque j'ai achevé (passé composé d'antériorité d'action) ma plongée dans mes souvenirs, je range (présent simple d'action) la boîte à chaussures qui contient (présent de cadre) toutes mes photos et vais (présent simple d'action) me promener : dehors, le soleil brille (présent de cadre) comme il n'a pas illuminé (passé composé d'antériorité de cadre) depuis trop longtemps.
(voir dans le cours cité plus haut les fiches par temps pour se mettre au clair sur les différentes valeurs des temps, et donc leurs usages)
Dans un récit au passé simple, en revanche, c'est le passé simple qui prendra la place du présent pour l'action centrale, et l'imparfait qui le soutiendra pour le cadre. On évoquera donc les faits antérieurs au passé antérieur pour l'action principale et au plus que parfait pour l'action secondaire. On évoquera en revanche l'avenir (un avenir coupé du présent, car malgré tout passé par rapport au lecteur et au narrateur qui fait retour sur sa vie) en utilisant le conditionnel présent et le conditionnel passé (pour les faits à venir antérieurs à ceux narrés au conditionnel présent). Parce que le passé composé est lié au présent simple par son auxiliaire au présent simple, on ne le mêlera pas au passé simple. De manière schématique, si l'on compare le récit au passé à une scène de théâtre, le passé simple et le passé antérieur sont les acteurs principaux occupant le devant de la scène, qui bougent et font avancer la chronologie du récit (c'est le "film" de l'histoire), et l'imparfait et le plus que parfait forment le décor fixe qui ancre l'action dans un lieu, un temps, une atmosphère (c'est "l'affiche" du film, le "tableau").
Ex. : Quand j'avais fini (plus que parfait d'antériorité du cadre) mes devoirs, je sortais (imparfait d'arrière-plan pour cadrer l'action de jouer) dans la rue jouer avec mes amis. Que j'avais passé (plus que parfait d'antériorité d'action) d'heures à m'amuser avec eux sur les trottoirs et les parkings ! J'en gardai (passé simple de narration) dans ma vie un souvenir ému, enthousiaste, que je chérirais (conditionnel présent) encore quand tout le reste aurait sombré (conditionnel passé). Lorsque j'eus achevé (passé antérieur d'action) ma plongée dans mes souvenirs, je rangeai (passé simple d'action) la boîte à chaussures qui contenait (imparfait de cadre) toutes mes photos et allai (passé simple d'action) me promener : dehors, le soleil brillait (imparfait de cadre) comme il n'avait pas illuminé (plus que parfait d'antériorité de cadre) depuis trop longtemps.
(voir dans le cours cité plus haut les fiches par temps pour se mettre au clair sur les différentes valeurs des temps, et donc leurs usages).


Pour l'orthographe, pour ceux qui ne connaissent pas, il existe en ligne des correcteurs automatiques intelligents capables de vous aider à corriger la plupart des erreurs de langue comme scribens.fr ou http://www.cordial-enligne.fr/. Mais ces correcteurs ne corrigent jamais les erreurs de sens, et ce n'est pas parce qu'un mot est bien écrit qu'il trouve sa place dans votre phrase : faites donc attention ! Google document, outre qu'il permet la coécriture, que je vous recommande, intègre également un correcteur plutôt puissant. Le logiciel payant Antidote est enfin un très bon outil - pour peu que vous ayez les moyens de vous l'offrir.



Liens pour circonscrire les 3 problèmes de langue les plus récurrents et les plus corrigibles :


1. Les accords : http://colleges.ac-rouen.fr/dunant-evreux/SPIP/spip.php?article1030

2. La conjugaison : http://la-conjugaison.nouvelobs.com/exercice/conjugaison-0-39.php

3. Les homophones : http://colleges.ac-rouen.fr/dunant-evreux/SPIP/?Deviens-un-pro-des-homophones-1533.


Autres pistes :


Pour la conjugaison, les outils précédents peuvent suffire mais, si vous voulez savoir comment conjuguer un verbe, vous pouvez également utiliser des conjugueurs en ligne comme http://bescherelle.com/conjugueur.php. Ils ne vous diront en revanche pas quel temps utiliser dans votre phrase : je vous propose plus loin une fiche-outil sur cette question épineuse. Le site http://la-conjugaison.nouvelobs.com/exercice/conjugaison-0-39.php propose de son côté de bons exercices pour s’entraîner.


Pour le vocabulaire, vous connaissez sans doute déjà les dictionnaires de synonymes comme www.crisco.unicaen.fr/des/synonymes/, qui sont bien pratiques pour trouver un équivalent d'un mot qui vous déplaît, notamment en poésie quand vous voulez d'autres longueurs ou sonorités. En revanche, vous ignorez probablement ce qu'est un dictionnaire analogique comme http://dictionnaire-analogique.sensagent.com/ma72512/ML-fr-fr/ : il sert à compiler tout le vocabulaire associé à un thème et est donc un précieux auxiliaire dans l'écriture, et même un préalable.


Pour les rimes, il y a les dictionnaires de rimes, bien sûr, comme http://www.dicodesrimes.com/, mais ils sont à utiliser en dernier ressort : mieux vaut trouver soi-même une nouvelle formulation que de parachuter un mot au hasard pour la rime. De même, on évitera avec bénéfice de torturer les phrases en mettant le chaos dans l'ordre des mots pour obtenir une rime : c'est artificiel, maladroit, et au final assez désastreux.



Outils complémentaires pour organiser son écriture :


Pour organiser une trame narrative, il existe enfin différents types de logiciels/applications :


- des cartes mentales pour schématiser les liens entres actions, lieux, personnages (http://www.zdnet.fr/actualites/5-outils-de-cartes-mentales-39851704.htm)


- des outils d'assistance à l'écriture (http://www.numerama.com/tech/130600-les-meilleurs-outils-web-pour-les-ecrivains-en-herbe.html)


- des outils pour préparer la logique narrative des personnages (https://outilstice.com/2016/05/inklewriter-creer-des-histoires-interactives/)


- des univers numériques dédiés à l'écriture afin d'aider l'écrivant à s'organiser dans son travail pour mieux avancer dans son projet. En voici quelques uns qui feront peut-être votre bonheur :

  • Wattpad - Plumes d'Argent - Atramenta - Communautés d'écrivants amateurs qui s'entre-lisent et s'entre-critiquent pour s'améliorer.

  • Scribay - Plateforme qui propose comme ci-dessus une communauté mais dispose également de services payants d'accompagnement à l'écriture.

  • Writecontrol et Scribbook - Plateformes offrant tout un environnement de travail dédié à l'écriture.


Pour le reste, il faut être un aventurier dans l'âme et explorer les chemins de l'écriture comme on défriche une terra incognita et en rapporter tous les trésors que vous trouverez pour préparer les expéditions suivantes !


Voici le document compilant des fiches de langue pour répondre à vos besoins.


Le fichier, téléchargeable par simple clic ici, contient des fiches de cours sur les notions suivantes (les hébergements de fichier en ligne n'étant pas permanents, n'hésitez pas à me contacter si le lien n'est plus valide) :




1. Les types et formes de phrase, la ponctuation et la syntaxe.

  • Fiche 1 - Phrase(s) - Définitions.

  • Fiche 2 - La ponctuation.

  • Fiche 3 - Les phrases, simple et sans complexes !


2. Le verbe et les temps de la conjugaison, l'accord du participe passé, la voix active et la voix passive, les valeurs des temps.

  • Fiche 4 - Verbe(s) - Définitions et identité.

  • Fiche 5 - La conjugaison française (tableau de synthèse).

  • Fiche 6 - L'infinitif présent et passé (voix active et voix passive + valeurs) + accord du participe passé.

  • Fiche 7 - Le présent simple de l'indicatif (voix active et voix passive + valeurs).

  • Fiche 8 - Le futur simple de l'indicatif et le futur antérieur (voix active et voix passive + valeurs).

  • Fiche 9 - Le passé composé (voix active et voix passive + valeurs) + formation et accord du participe passé.

  • Fiche 10 - L'impératif présent et l'impératif passé (voix active et voix passive + valeurs).

  • Fiche 11 - Le passé simple et le passé antérieur (voix active et voix passive + valeurs).

  • Fiche 12 - L'imparfait et le plus-que-parfait (voix active et voix passive + valeurs + concordance avec le passé simple).

  • Fiche 13 - Le conditionnel présent et le conditionnel passé (voix active et voix passive + valeurs).

  • Fiche 14 - Les subjonctifs présent, passé, imparfait et plus-que-parfait (voix active et voix passive + valeurs).



P.S. : Tous ces articles sont le fruit de mon expérience, de ma réflexion et de ma volonté de vous aider dans vos projets. N'hésitez pas à voter, questionner, amender, compléter ou critiquer pour enrichir les contenus et me faire savoir si mon travail vous est utile et comment il peut l'être davantage !

A très bientôt !

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