Ecrire : la formule magique !

Mis à jour : janv. 5

Ecrire n'est pas un acte simple, mais une tâche complexe. S'y jeter bille en tête, c'est presque à coup sûr se prendre les pieds dans le tapis. Quelques conseils pour bien aborder son projet.


Un bon auteur fait en sorte de cacher ses trucs, mais ils existent !

I. Penser son projet


Avant de poser ses premiers mots sur un support papier ou numérique, il faut prendre le temps de creuser.


Le plus souvent, l'envie d'écrire découle d'une idée.


Eurêka ! Un mythe bien pratique et si problématique...

On vit sa vie sur les rails de sa routine, ou bien un accident anodin fait jaillir l'inattendu dans nos habitudes ronronnantes, et c'est l'illumination : un personnage, une situation, une formule, un mot-valise, une image, un titre. C'est la graine. Le début d'une idée.


L'erreur est alors de croire que tout est là, fini, exploitable et directement prêt à être écrit, publié et vendu.


Pour comprendre ce qu'est cette idée ou ce qui en empêche le jaillissement, vous pouvez vous reporter avec bénéfice à mon autre article sur l'inspiration. Dans les grandes lignes, sachez que cette idée ne tombe pas du ciel : elle ne relève d'aucune mystique ni génie mais est la résultante de la concordance hasardeuse de votre culture (connaissances, expériences et perceptions) et de vos dynamiques inconscientes (vos craintes, vos traumatismes, vos rêves, vos incompréhensions) grâce à un déclencheur rencontré dans votre déambulation (personne, symbole, souvenir, situation associée...). Même si vous n'avez pas conscience de la mécanique qui a permis l'éclosion de cette graine de créativité, elle a donc une origine logique dont l'exploration peut vous fournir matière pour votre connaissance de vous-même. Pour creuser ces questions, vous pouvez d'ailleurs parcourir mon Fil d'Ariane, qui propose des réflexions pour mieux entreprendre son introspection.


Ce n'est pas parce qu'on ne voit pas le chemin sous nos pieds qu'il n'existe pas.

Bien. Vous avez votre graine de créativité, votre idée. Vous devez désormais la faire germer, l'arroser, avant même de vouloir écrire.


Je vais vous donner une astuce qui permet de développer n'importe quelle idée avec cohérence et efficacité. Elle tient en un seul mot, magique, imparable :


Pourquoi ?


Ce seul mot est la clef de tout projet réussi. Pourquoi écrire sur ce thème ? Pourquoi choisir ce personnage ? Pourquoi choisir cette situation ? Pourquoi cet événement ? Pourquoi cette réaction ? Pourquoi cette parole ?


Si vous répondez à cette question en épuisant les poupées russes de pourquoi que sont les choix d'écriture, vous aurez conçu et conscientisé un projet qui fait sens et qui se tient.


Ne restera plus qu'à mettre en oeuvre le second mot magique, la seconde astuce, la seconde clef de la réussite :


Comment ?


Comment susciter telle émotion ? Comment montrer le caractère de ce personnage ? Comment faire parler untel ? Comment amener cette situation ?


Le "pourquoi ?" vous fournit donc la matière essentielle à tout projet, le "comment ?" la manière, les outils.


Ecrire n'est pas un art mystique mais un artisanat concret.


II. Le bouillonnement du brouillon


Les forums, chaînes Youtube, sites de pros et autres pages web regorgent de bons conseils et d'exemples variés dans lesquels on se perd le plus souvent bien avant de s'y retrouver. Je ne ferai donc ici qu'un panorama global pour s'y retrouver et savoir comment se chercher.


Il y a un orgueil incroyable à se croire l'auteur génial dont les premiers mots sont justes et inégalables, dont la première oeuvre signera le succès. Certes, il y a dans le jaillissement spontané une fraîcheur de forme et de fond, une justesse qui, bien souvent, constitue le terreau principal de ce qui fera la valeur de l'oeuvre, mais cette spontanéité a ses limites et ne nourrira jamais intégralement la création : elle passera au bout de quelques lignes, et tous vos efforts pour étirer le brio de ce jaillissement improvisé ne feront que diluer votre succès en une lente décadence vers une oeuvre palote, déséquilibrée et, au final, insipide malgré un souffle grandiose au démarrage et un grand potentiel.


C'est ainsi qu'on se frustre et se désillusionne : non en faisant la preuve de son incompétence à créer, mais en ne parvenant pas à donner à la graine que l'on porte l'occasion de porter les fruits dont on rêve.


C'est ainsi que j'ai commencé l'écriture, étalant ma graine jusqu'à l'obtention de textes bancals, émaillés de trouvailles mais au final ratés. Mon recueil de poèmes Aubes et Crépuscules, anthologique et chronologique, comme mon recueil de nouvelles Apocalypses, organisé de même, montrent trois dynamiques essentielles :


  • écrire dans le jaillissement spontané accouche de textes imparfaits et déséquilibrés, immatures, et ce quand bien même s'y rencontrent des trouvailles prometteuses.

  • ce déséquilibre est moindre dans un texte court où, par définition, la graine n'a pas eu besoin d'être diluée et demeure perceptible, vigoureuse.

  • à force de multiplier les textes brefs et variés, on acquiert une expertise qui permet de pallier naturellement et en partie la dilution de l'idée par la force du style, du mot juste et du rebond efficace.


Bref : écrire, c'est capter ce feu intuitif du jaillissement soudain, le nourrir et le contrôler pour illuminer l'ensemble de la création.


Pour ce faire, il est important de comprendre que les phases précédant l'édition sont des phases de brouillon, que le texte n'est pas sacré mais peut et doit être remanié, mais que les différents états du texte, à cause de cette part de spontanéité géniale dont l'inconscient a le secret, ne doivent pas être effacés mais conservés à la fois pour leur caractère éclairant quant à ses propres processus d'écriture et pour leur potentiel regorgement de trésor qui pourront y être puisés à l'occasion des réécritures successives.


Or, qu'est-ce qu'un brouillon ? Il en existe de différentes natures au gré de la fantaisie et surtout de la mécanique intellectuelle de chacun. On se reportera avec intérêt à l'exposition "Brouillon d'écrivains" de la BNF.


Il existe trois grands types de brouillons :


1. Le méticuleux : tel Emile Zola qui menait des enquêtes ethnographiques et documentaires pendant des mois, concevait des arbres généalogiques et des schémas des lieux avant seulement de passer à un plan de rédaction hyperdétaillé qui précédait l'écriture elle-même, vous pouvez baliser tous les aspects de votre création dans les moindres atomes avant, libéré de la réflexion sur le fond, de vous atteler à la mise en forme par les mots et les phrase. La méthode en flocon de neige est une formalisation de cette stratégie, dans laquelle on trace les lignes principales avant de développer pour chaque branche maîtresse les branchettes secondaires puis le feuillage. L'avantage est l'hyper organisation qui rassurera les plus craintifs et les plus éparpillés, mais l'inconvénient est le report incessant de l'écriture elle-même, qui peut lasser et frustrer.


Observer le monde pour comprendre son monde.

2. Le Sisyphe : tel ce géant à la tâche insurmontable auquel j'affilie Stendhal ou Flaubert, vous pouvez écrire votre texte en suivant le flot des suggestions de votre esprit, dans l'accompagnement du jaillissement spontané, puis le relire en le corrigeant, puis relire votre deuxième épreuve en l'amendant, et ainsi de suite à la volée à 10, 15, 20 reprises, jusqu'à votre satisfaction. L'avantage est d'exploiter sur le vif l'envie d'écrire, mais la difficulté sera alors d'accepter d'amender un texte non réfléchi qui présentera tous les aspects sacrés d'un jaillissement monolithique intouchable.


Sans cesse porter un regard neuf sur son travail...

3. Le méditatif : au croisement de ces deux méthodes, il y a les Maupassant qui laissent et font germer dans leur esprit à la fois le fond et la forme et ne passent au final à une écriture quasi d'un jet qu'après avoir une idée assez précise de leur projet d'écriture. C'est mon cas, le plus souvent. J'attends que le besoin d'écrire atteigne un niveau d'urgence irrépressible coïncidant avec la maturité d'une idée. L'avantage est d'être dans la jouissance de l'écriture d'un texte assez mature, mais l'inconvénient est dans la volatilité des idées et leur éviction par les soucis du quotidien, qui peuvent les supplanter, voire les effacer définitivement.


Accepter de prendre son temps pour mieux en gagner.

Quelle que soit votre méthode spontanée, rien ne vous empêche de tester les autres mais, surtout, notez toutes vos graines de créativité à un endroit où elles seront à l'abri de l'oubli et ne jetez ni n'effacez les différentes étapes d'un texte : vous pourriez le regretter amèrement.


La question des noms :


Parfois, certains écrivants ont besoin de mettre des noms à leurs mondes, à leurs personnages, à leurs accessoires. Sans étiquette établie, pas d'identité pour eux, et donc pas de place dans leur récit. Pour dépasser le blocage d'inspiration pour les noms, trois grandes voies :


- l'improvisation façon écriture automatique (on dit le premier truc qui passe par la tête, on pointe au hasard dans un livre) ;

- le recours à l'étymologie, quitte à changer de langue pour épouser la culture de l'histoire racontée, grâce à Google Traduction, par exemple ;

- le recours à des utilitaires de génération aléatoire de noms comme Fantasy names générattors.



III. Entretenir la flamme


Quand on écrit, il faut le faire dans la perspective d'aller jusqu'au bout pour soi et de donner envie de lire jusqu'au bout pour autrui. Ainsi, il faut développer la chaîne des pourquoi/comment en l'enrichissant de contre-pieds et de surprises qui vont venir bouleverser le rythme, étonner le lecteur et vous faire vous, l'auteur, évoluer.


Ne pas se contenter de laisser mourir le feu : sans cesse jouer avec...

Tout pousse votre personnage dans une direction ? Imaginez une raison de lui faire préférer une autre alternative. Toute la volonté d'un personnage l'entraîne vers un objectif ? Imaginez un obstacle qui a toute légitimité à venir s'interposer.


Pour nourrir cette machine à péripéties qu'est l'écriture, il ne suffit pas de dérouler un fil logique. Il faut garder en tête que ce fil de l'intrigue doit être tressé avec le fil de chaque personnage, eux-mêmes tressés aux fils logiques de tous les autres acteurs de cet univers. Autrement dit, ne faites pas l'erreur d'extraire vos personnages du cadre auquel ils appartiennent, sous peine, comme dans beaucoup de romances et d'écrits immatures, d'avoir des personnages creux dans un univers binaire. Dérouler les pourquoi, c'est dérouler tous les pourquoi. Trancher les comment, c'est ensuite décider de ce qu'on montre et comment.


Enfin, conseil pratique subsidiaire : variez les formes et les rythmes. Un texte réussi est un texte qui fait entendre sa musique propre, certes, pour qu'on s'attache, mais qui impose aussi ses ruptures, ses déséquilibres, afin de frustrer le lecteur, de le surprendre et de le sortir de la douce léthargie de l'ornière. Dans un roman, par exemple, chaque chapitre peut s'achever sur un suspense qui incite à tourner la page.


Chaque mot est un cadeau, chaque page une aventure...

Remarque complémentaire : vous trouverez des outils pour mieux choisir vos comment dans mon autre article sur les genres littéraires.


De même, vous trouverez des outils pour muscler votre langue et votre style, mais aussi des applications et sites dédiés aux auteurs, notamment des univers de travail, dans mon article sur la langue française.



IV. Savoir conclure


Quand un texte arrive à sa fin, vous le savez car vous ressentez la désaffection habituelle aux fins de projet, un sentiment d'assèchement, de vide, d'épuisement de ce qui vous poussait à écrire. Soudain, en effet, le texte ne vous intéresse plus vraiment. Vous y avez mis ce qui devait sortir et, déchargé de lui, c'est comme un oisillon qui quitte le nid : une œuvre qui s'envole de son propre battement d'ailes.


Néanmoins, elle n'est pas terminée.


Ecrire n'est pas une course en ligne droite mais un circuit sans cesse recommencé.

Vous y avez épuisé votre élan mais n'avez pas parachevé votre travail. Laissez-vous une période de repos de plusieurs semaines, plusieurs mois, afin d'oublier votre texte, de perdre le lien qui vous unit à lui. Ensuite, relisez-le, lentement, pour vous laisser surprendre par la musique des mots, la force des images, l'attrait du récit. Et repérez tous les passages où vous butez, où vous décrochez, où vous vous ennuyez : c'est là qu'à l'issue de la redécouverte il faudra intervenir pour muscler votre production par de nouvelles surprises, coupes ou reformulations.


Enfin, vous n'avez plus rien à ajouter. Vous êtes allé au bout de vous même ? Il vous reste donc à confronter votre création à l'altérité : public test (entourage, plateformes de lecture/écriture (Wattpad, Scribay, Atramenta...), bêta-lecteurs (trouvables sur ces mêmes plateformes et dans les groupes communautaires dédiés sur les réseaux sociaux), correcteurs-relecteurs (ils sont légions sur Internet, dont votre serviteur ici présent !). Ces trois instances exerceront toutes à leur niveau leur plus précieux pouvoir, celui que vous n'aurez jamais, être autres que vous. Ainsi, ils vous permettront de repérer les points forts et points faibles de votre texte, ceux que vous ne pouviez voir du fait de votre identité de créateur. Un bon correcteur-relecteur nettoiera votre texte de toutes les scories de langue qui l'entacheraient, mais il saura repérer et formaliser les problèmes persistants et vous proposer des remédiations.


Faire confiance à un professionnel, c'est avoir recours au savoir-faire et à l'expérience.

Pour accompagner l'écriture et la correction, de nombreux outils s'offrent à vous, comme des sites de correction, des univers de travail dédiés aux auteurs ou des sites d'entraide, que vous pouvez retrouver dans mon article sur la langue et ses outils.



V. Diffuser son oeuvre


Quand votre création est achevée, vérifiée, prête à être consommée, il faut penser à sa diffusion. On entre alors dans une phase marketing et tout un monde de déconvenues, frustrations et surprises bonnes et mauvaises vous y attendent.


Se vendre efficacement sans prétention, se faire connaître sans s'imposer : la quadrature du cercle !

Je vous invite à vous reporter à mon article sur la mise en valeur de votre oeuvre.




P.S. : Tous ces articles sont le fruit de mon expérience, de ma réflexion et de ma volonté de vous aider dans vos projets. N'hésitez pas à voter, questionner, amender, compléter ou critiquer pour enrichir les contenus et me faire savoir si mon travail vous est utile et comment il peut l'être davantage !


A très bientôt !