Les livres qui font grandir la plume !

Il est des livres dont les pages nous bouleversent par la justesse des personnages, par la violence de l'action, par la puissance des émotions qu'elles suscitent en nous. Et puis il y a de ces lignes de lumière qui tracent des sillons en nous jusqu'à faire germer des prises de conscience qui influent sur notre manière d'envisager l'écriture, le style. 

Cette page vous présente quelques-unes de ces œuvres majeures que je vous recommande d'explorer, en espérant qu'elles vous apportent autant qu'à moi.

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Affronter le monde

Émile Zola est connu pour être à la fois l'inventeur et le tenant plus ou moins exclusif du naturalisme en littérature. Son projet ? Donner à voir une réalité virtuelle créée par l'entreprise littéraire mais permettant d'étudier le réel pour mieux le comprendre. De là est née sa grande saga des Rougon-Macquart, une famille dont il étudie l'hérédité physiologique, psychologique et sociale au travers des évolutions de son époque. Une fresque socio-historique qui n'est pas sans rappeler les monographies des sociologues et ethnologues.

Au Bonheur des Dames est l'un des 20 épisodes de cette série familiale hors normes, mais c'est aussi l'un de ses fleurons. On y plonge dans la modernité consumériste qui fonde notre société actuelle en même temps qu'on y assiste à la naissance du monde impitoyable des employés de commerce et de leur concurrence acharnée sous la tyrannie d'une hiérarchie qui n'hésite pas à employer le licenciement dans le cadre d'un chômage qui donne le pouvoir aux patrons. 

C'est une œuvre littéraire qui ose assumer la complexité politique du réel sans pour autant rien céder de ses mérites littéraires : le travail d'orfèvre d'Émile Zola fait la part belle à une langue vivante dans laquelle les figures de style nombreuses et maîtrisées avec brio créent des atmosphères et des effets de sens d'une efficacité redoutable. 

À n'en pas douter, c'est une lecture inspirante pour donner envie d'affronter le monde sans renoncer à la poésie du langage.

Se moquer du monde

 

Guy de Maupassant est un autre monument français de la littérature scolaire connu pour sa contribution à la création et à la définition du mouvement réaliste. Avant d'en arriver à "créer du réel" comme le souhaitait Émile Zola, il a d'abord fallu rompre avec le classicisme en osant parler du réel, l'imiter, le montrer comme jamais auparavant on n'avait osé le montrer : le sordide, le campagnard, le misérable devient enfin objet artistique.

 

Toutefois, il ne s'agit pas d'en faire l'apologie non plus, mais bien de le donner à analyser. Héritiers de notre culture classique polarisée autour des positions d'Aristote et Platon, il s'agit de faire œuvre de moralisation du lecteur en donnant à épouser des modèles et rejeter des vices.

Dans ce cadre, Maupassant nous offre une inépuisable galerie de personnages. Non content de proposer un travail remarquable sur la langue et la dramaturgie de ses récits, il déploie un ton très personnel fait d'une ironie féroce. Dans Boule de suif, on apprend à détester les personnages aimables et aimer ceux qui paraissent méprisables. Une belle prise de conscience du pouvoir de l'ironie.

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S'affranchir du monde

 

Le comte de Lautréamont, et après lui d'autres comme Antonin Artaud ou Henri Michaux, ont exploré cet espace du dedans où l'inconscient dicte des fulgurances en clair-obscur. Le surréalisme est une belle gifle pour quiconque n'a fréquenté que le réalisme.

Réaction à l'hyper-contrôle des classiques, il s'agit de lâcher la bride à la spontanéité de la langue et des images telles qu'elles surgissent, quitte à utiliser n'importe quel moyen pour rompre avec la vigilance qui nous empêche d'affronter nos tabous et qui nous force à choisir nos mots.

Entrer dans une œuvre surréaliste, c'est assister à la révolution du langage, à un carnaval d'images qui font souffler un vent de liberté sur votre expression. Enfin, la langue caracole sans bride ni selle. Rien de tel pour éprouver la jouissance créative !

Incarner le monde

 

Jean Giono est ce qu'on appelle un auteur régionaliste. Et ce qu'on traite de façon très parisienne avec le mépris romantique qu'on a pour les choses simples de la province qui peuplent les maisons de vacances.

Pourtant, là où Balzac traumatise des générations de lecteur par ses descriptions de conservateur de musée à vous faire passer un livre pour une enclume, Giono divinise la description.

 

Sous la plume de Giono, c'est un paysage qui devient le héros et vient agir sur les personnages, émouvoir, solliciter les sens et l'essence.

On ne lit pas un Giono : on y part à l'aventure comme pour une randonnée au contact d'une nature sauvage et mythique qui nous transforme. Sans compter que la langue fauve des personnages vient ajouter au dépaysement.

Avec Un de Baumugnes, Regain constitue une de mes plus belles découvertes littéraires, un coup de foudre qui m'a fait comprendre ce que peut être la description et à quel point elle est consubstantielle de la force poétique d'une œuvre.

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Créer des mondes

 

Tolkien est à la fantasy ce que la Bible est à la lecture : un monument fondateur. 

Comme toute première fois, sa lecture est empreinte d'une aura sacrée qui lui donne un statut inégalable, mais Le Seigneur des anneaux a ouvert des portes sur des espaces qui ont depuis été explorés par de grands auteurs qui ont donné leurs lettres de noblesse au genre.

Néanmoins, rendons à César ce qui lui appartient : Tolkien a défriché le droit à la création totale par l'invention de créatures, de forces magiques, de civilisations, de paysages... Bien sûr qu'il n'a pas tout inventé à partir de rien, mais c'est un monde cohérent et riche d'infinies possibilités qu'il a offert aux lecteurs, et c'est un formidable appel à la liberté de créer hors des sentiers battus.

Créer et tuer des héros

Qui ne connaît pas Georges Martin et son célèbre Trône de Fer ? Peu de gens sont passés à côté de ce succès planétaire, mais j'aimerais rendre ici justice à la réussite littéraire spécifique de ce livre, même s'il n'en a pas l'exclusivité.

Cette saga impitoyable et haletante donne à voir des personnages incarnés par leur langue autant que par leur caractère, et ces individualités concrètes auxquelles on se heurte comme à des morceaux de réel finissent par devenir de vraies personnes auxquelles on s'attache malgré leurs défauts — ou à cause d'eux ?

Pourtant, on ne devrait pas, car aucun d'entre eux n'est à l'abri d'une mort glorieuse, sordide ou ridicule.

Avec Le Trône de Fer, osez laisser vivre vos personnages et faire mourir vos héros ! Une audace pas si courante !

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Jouer avec les mondes

La littérature de jeunesse souffre souvent de deux jugements péremptoires : elle serait commerciale et puérile.

Pourtant, de nombreux auteurs du secteur sont des artistes accomplis dont la puissance, le style et la profondeur n'ont pas à rougir devant les "grands maîtres de la littérature". 

Claude Ponti est de ceux-là. 

Illustrateur et auteur génial, il fait preuve d'une inventivité foisonnante pour mettre à l'honneur une langue vivante et créative qui fait sens et crée une grande complicité avec le lecteur tandis que texte et image se combinent, se défient, s'allient pour l'enrichissement du sens et le plaisir du lecteur.

Entre prouesse artistique et profondeur philosophique, L'Écoute-aux-portes est de ces récits qu'on lit pour son enfant et qu'on relit presque davantage pour soi, tant s'y nichent de perles de sens et de détails qui nous font grandir.

De quoi découvrir le plaisir du néologisme, la jouissance de l'espièglerie et le pouvoir d'un genre méjugé, l'album, où l'image cesse d'illustrer pour devenir partie prenante du texte.

À savourer avec délices !

Suggérer le monde

Souvent, quand on lit ou regarde un film, on veut des émotions fortes, et on privilégie du coup les films d'action et à effets spéciaux. La plupart du temps, on est déçu, parce que les soubresauts suscités sont superficiels et vite oubliés.

Le Combat ordinaire est une bande dessinée qui joue la carte de la simplicité, de la subtilité, et ça marche. Une belle démonstration qu'il ne suffit pas d'en faire beaucoup pour toucher : il vaut mieux en faire peu mais efficacement, filer dans le grain des mots et les images les bribes d'une toile subtile qui sera au final plus solide que le gros treillage des blockbuster à l'hollywoodienne.

À découvrir !

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Affronter le monde

OVNI et monument littéraire, Cyrano de Bergerac est un bijou, un fétiche, un doudou, une cure de jouvence et une plongée dans nos racines.

Bon, je crois que je me suis trahi : j'adore.

Bien évidemment que c'est peu crédible, peu vraisemblable, outré, exagéré... Mais c'est cette outrance du drame, des personnages, du verbe et des émotions qui fait la puissance et la beauté d'une telle œuvre !

Oui, créer, c'est parfois aussi faire du sublime, remuer l'âme par de l'irréel qui enflamme, par de l'invraisemblable qui souffle un vent de panache à travers nous. 

Parce que l'imaginaire ne sert pas qu'à fuir le réel : il est LA ressource essentielle pour puiser l'envie et la force d'affronter la réalité afin de la façonner à l'image de nos rêves.

À déguster encore et encore, jouer et voir jouer.

D'ailleurs, ce drame romantique m'a inspiré cette petite nouvelle contre le harcèlement, ou quand Cyrano vient prêter son panache à un petit Savinien qui en a bien besoin !