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Avis de lecture

Récits de science-fiction

Récits de science-fiction

AVIS DE LECTURE — Les Maîtres chanteurs, d’Orson Scott Card

 

J’ai découvert Orson Scott Card il y a longtemps par sa trilogie autour du personnage d’Ender. J’y avais fait l’expérience d’une science-fiction morale et philosophiquement percutante qui m’avait impressionné et laissé un fort souvenir.

 

Aussi, quand j’ai découvert un autre roman de cet auteur dans une boîte à livres devant l’école de mon enfant, je l’ai ouvert avec une avidité et une confiance spontanées.

 

Et je n’ai pas été déçu.

 

Les Maîtres chanteurs est un roman de 1980 d’une acuité et d’une modernité sidérantes. On y suit principalement un jeune enfant tout au long de sa vie, durant laquelle il va découvrir l’empire intergalactique d’une humanité à la fois futuriste et ancestrale.

 

Dit comme cela, l’intrigue paraît d’une affligeante banalité. Pourtant, le génie d’Orson Scott Card ne réside pas dans l’axe principal que je viens d’exposer mais dans les infinies variations qu’il a brodées en orfèvre autour de cette dynamique de fond qui n’est qu’un fil rouge au final superficiel. Il y interroge le rapport que l’on entretient avec autrui, le pouvoir, le désir, l’amour ou la mort, et il le fait au moyen de trouvailles littéraires et philosophiques ingénieuses qui rendent le récit dépaysant et captivant. Son récit emprunte autant à la science-fiction qu’au polar, au récit initiatique ou à la tradition des romans philosophiques. On y aborde même l’amour, l’amitié, la parentalité, la transmission ou les sexualités.

 

Seul bémol que j’émettrais, la traduction que j’ai lue mériterait d’être modernisée, et ce roman de 406 pages aurait bénéficié de quelques développements pour éviter quelques ellipses heurtées et permettre une plus grande fluidité narrative et psychologique. Néanmoins, l’ensemble reste extrêmement convaincant, et je l’ai lu avec un grand intérêt et un vif plaisir.

 

Je vous le recommande, tout comme je vous recommande son cycle d’Ender.

 

Résumé officiel :

 

Mikal, le terrible conquérant devant qui tremblent les mondes, se présente un jour aux portes du palais du Chant pour supplier qu'on lui accorde la plus belle parure dont puisse rêver un monarque pour sa cour : un Oiseau-Chanteur, un de ces enfants prodiges dont la voix a le pouvoir de déchaîner ou assouvir toutes les passions. Mais quand on sait qu'un Oiseau-Chanteur doit être très précisément "accordé" à la musique spirituelle de son maître, on devine que celui qui conviendra à la personnalité guerrière de Mikal sera un être hors du commun.


Et de fait, lorsque le jeune Ansset quittera les hauts murs du palais du Chant, ce sera pour répondre à l'appel d'un destin que nul, même Mikal, ne peut soupçonner, un destin glorieux et tragique, violent et cruel, qui le mènera jusqu'aux marches du trône impérial. Une saga d'une force exceptionnelle, au service d'une réflexion sur le pouvoir.

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Les Maîtres chanteurs, d'Orson Scott Card

Récits de vie

Récits de vie
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AVIS DE LECTURE — Un de Baumugnes, de Jean Giono

 

J’ai pris Giono de plein fouet.

Le bouquin traînait là, dans mes étagères, jauni, froissé, poussiéreux, et je ne l’avais jamais lu, jamais acheté, jamais désiré.

 

Il était seulement là, parmi des centaines d’autres livres qui m’ont réconforté, quand j’étais malade de ce monde suicidaire et sadomasochiste, tendres compagnons de mes heures solitaires.

 

Et puis il y a eu un jour où ç’a été son tour.

 

Je n’avais plus rien à lire, et il attendait sagement son heure.

 

Sans enthousiasme, j’ai donc saisi le vieux volume rassis d’indifférence, et j’ai laissé tomber mes yeux sur les premières lignes.

 

Ils ne s’en sont pas relevés.

 

Une langue charnelle née des terres arides du sud-est de la France, rencontre de la lavande sirupeuse, du thym acidulé et des pierres coupantes des chemins exposés au mistral.

 

Des personnages rabotés, usés, cornés par un climat excessif et une nature aussi rude qu’entière — des personnages vivants, mais de cette vie puissante et primitive débarrassée des affectations de la civilisation cupide et vaniteuse.

 

Une nature, surtout, qui irrigue le langage, la narration, les êtres, qui gronde dans le ciel et tremble dans la terre, qui frémit dans la feuille et chante sous la langue, qui virevolte dans le ciel bleu et cascade dans les torrents. Une nature qui est vivante, puissante, omniprésente, et dont les humains ne sont au final que d’humbles puces cherchant un peu de sens et d’amour sur son dos large et sûr, bien qu’impitoyable.

 

La première fois que j’ai pris Giono de plein fouet, c’était par son roman « Regain », dans lequel mon écriture à moi, studieuse, audacieuse mais terriblement scolaire, s’est heurtée à celle de cet auteur méconnu pour ressortir de ce corps-à-corps cabossée mais libérée.

 

Lire Giono, pour moi, ç’a été une sorte de métamorphose. Je croyais tutoyer les cieux mais rampais dans la boue. Les torrents rocailleux dont les orages impétueux du Sud-Est ravagent parfois cieux et paysages dans les livres de Giono m’ont défait de ma gangue de prétention chenillesque pour m’arracher à ma chrysalide de certitudes.

 

Avec « Regain », j’ai déployé mes ailes dans le vent.

 

Avec « Que ma joie demeure », elles ont pris des couleurs.

 

Avec « Un de Baumugne », elles ont battu et attrapé les courants ascendants pour butiner le soleil et les étoiles.

 

Certains se sentiront brutalisés par le style âpre de cette langue tout encroûtée de bonne terre fertile. Mais, pour ceux qui y planteront les semis de leur sensibilité, nul doute qu’ils y moissonneront des trésors d’émotions et d’images poétiques qui réchaufferont longtemps leurs âmes endeuillées par la modernité et son obsession pour le néant froid et glacé de l’autodestruction frénétique.

 

Giono, c’est régressif, c’est émancipateur, c’est réenchanteur, c’est vivifiant.

 

Bref, je kiffe.

 

Résumé officiel :

 

Albin avait raison : Louis, l’ouvrier agricole venu de Marseille, se conduit mal avec les femmes. Le bellâtre a ensorcelé Angèle, la fille du fermier Clarius. Déshonorée, la honte au cœur, elle quitte le village de Baumugnes et sa famille pour suivre cet homme, un voyou qui va la prostituer. Elle revient fille-mère. Clarius, humilié, l’enferme pour la cacher aux yeux du monde. Il faut tout l’amour d’Albin pour braver le fusil d’un père suicidaire et la délivrer, elle et son enfant. L’auteur du Hussard sur le toit livre ici l’un de ses plus grands romans, avec ses phrases qui ont la « luisance d’une faux ».

 

Un de Baumugnes, de Jean Giono
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Avis de lecture — Rumeurs, tu meurs !, de Frank Andriat

 

Quand on vieillit, il n’est pas rare de développer une envie coupable et vaine, faite de regrets, de remords et de mélancolie : celle de redevenir jeune. Moi non plus, je n’échappe pas à cette velléité frustrante qui charrie dans ses ombres un peu de la peur de la mort et beaucoup de nos frustrations de vivants à demi.

 

Sauf que c’est rarement pour profiter de mon adolescence que ce désir banal m’agite.

 

Mon adolescence a été un long tunnel noir entre une enfance malheureuse et un âge adulte qui ne me promettait aucune joie. Heureusement, le temps et la vie ont détrompé ma désespérance, mais reste que mon enfance comme mon adolescence ne sont pas des périodes que j’ai envie de revivre pour elles-mêmes.

 

Alors pourquoi ce désir, me direz-vous ? Eh bien, pour distribuer impunément des baffes de doigts et de mots sanglants.

 

Voyez-vous, quand je suis devenu adulte, j’ai senti confusément que je passais de l’autre côté de quelque chose — la Force, le voile de l’innocence, la traîtrise d’un monde qui a oublié ses rêves pour mieux ruiner ses possibles —, et que les jeunes, sans se l’expliquer vraiment, le sentaient bien également. Le lien avec mes pairs en humanité les plus jeunes était en quelque sorte rompu, entaché d’une faute originelle impardonnable : j’étais passé du camp de ceux qui exigent sans capacité de changer le monde à ceux qui entrent en capacité de changer le monde et n’ont plus rien à en attendre.

 

En devenant enseignant, j’ai senti un autre degré de rupture s’instaurer, moitié conséquente à mon surcroît d’autorité qu’il s’agit forcément de combattre, puisqu’elle cherche à s’imposer dans la vie spontanée de jeunes aux désirs pluriels peu compatibles avec l’École, moitié inhérente à mon statut d’institutionnel, qui fait forcément de moi un collabo des puissances occultes et nocives d’un système qui opprime sournoisement tant d’idéaux.

 

Bref, le joug de la vie adulte semble m’avoir en quelque sorte disqualifié auprès des jeunes. Et, à bien des égards, les armes de la maturité, faites d’arguments et de routines, de mots et de démarches laborieuses, semblent dérisoires contre les jaillissements impétueux de la violence adolescente, celle que nos enfants subissent comme celle qu’ils déploient dans leurs relations avec les autres.

 

Et c’est là que se révèle dans toute son implacable nécessité mon désir de redevenir adolescent pour coller des mandales.

 

À la lecture du récit de Frank Andriat, cette envie furieuse a de nouveau coulé dans mes veines. En effet, il nous raconte dans ce roman l’histoire d’Alice, prise dans le piège impitoyable de rumeurs délétères, et qui se retrouve inexorablement la victime toujours plus maltraitée d’une foule d’adolescents toujours plus cruels et nombreux.

 

Et c’est dans des cas comme celui-là que je voudrais être ce camarade qui s’interpose, qui dit non, qui se tient aux côtés de la proie contre les prédateurs, qui tient la main de l’innocence traînée dans la boue face aux bourreaux lâches de la haine facile, réelle ou virtuelle.

 

Hélas, il y a comme une fatalité dans l’existence : l’enfance est l’âge d’une innocence qu’on regarde avec un émerveillement condescendant comme une utopie mignonne et éphémère, l’adolescence est une période violente de prise de conscience des imperfections du monde et du déchaînement des passions visant à le corriger sans aucune puissance d’action ou presque face à un monde d’adultes goguenards et lâches qui étouffent les révoltes à coups de mépris et de résignation amère, entre jalousie et honte devant cette énergie qui dénonce ses redditions coupables, l’âge adulte est cette ère de tous les pouvoirs et de toutes les indifférences, et la vieillesse enfin l’agonie lente d’une caste qui s’accroche à ses acquis avec toute la mauvaise foi de celui qui sait très bien qu’il tire à lui une couverture qui manque à d’autres. En gros, la vie semble se faire une joie de nous imposer ces paradoxes apparemment inconciliables — je dis apparemment, évidemment, puisqu’il ne tient qu’à nous d’ajouter un surcroît de stratégie à nos passions adolescentes et un renfort de courage à nos rationalités d’adultes.

 

Bref, les histoires de violence scolaire et de harcèlement entre jeunes me donnent de terribles et violentes envies de gifler de la voix et des mains ces armées de dictateurs en culottes courtes qui se jouent d’un système rendu inefficace par une gestion comptable qui déshumanise, mais aussi l’irrépressible et stérile besoin de consoler leurs victimes en souffrance, qui se retrouvent prisonnières du silence que seuls imposent les tabous sociétaux d’une civilisation agressive et la peur de paraître faible.

 

Ce qui est bête, c’est que, quand on est jeune, on croit vraiment que nos bourreaux sont tout-puissants, et on n’ose pas demander de l’aide. On se laisse détruire et mourir à petit feu, puis on se tue pour en finir avec la douleur insupportable de vivre. Puis, quand on est adulte et qu’on saurait demander de l’aide, on n’a plus besoin de cette force conquise par la maturité et l’expérience, et ce précipice qui se creuse entre les générations nous empêche de nous porter au secours de ces jeunes qui se mènent sans arrêt une guerre impitoyable et souterraine.

Ironie du sort, on comprend toujours trop tard comment résoudre les problèmes, et les adultes s’enferrent à leur tour dans des soumissions tremblantes au sexisme, au fascisme et à tous ces isthmes moins visibles qui fracturent nos vies et nous empêchent de bâtir une société du bonheur à la place de cette grande foire d’empoigne qu’est notre mondialisation capitaliste.

 

Alors, je ne suis pas dupe : ce roman ne comblera pas le fossé entre les générations, et il ne sauvera pas seul ces millions d’enfants à travers le monde qui subissent leur existence jusqu’à n’en plus pouvoir. Néanmoins, par cette tranche de vie violente qu’il nous force à mastiquer lentement de l’intérieur, il tend un pont de cordes, il offre une voie, une voix à ces enfants brisés qui ne savent plus comment recoller les morceaux.

 

Entre réflexion sur les naïvetés de l’amitié qui nous rendent vulnérables, démonstration du pouvoir nocif des réseaux sociaux et chemin d’espérance au travers de rencontres qui peuvent tout changer, Rumeurs, tu meurs ! propose une immersion dans la descente aux enfers d’Alice, une adolescente comme tant d’autres qui paie un bien trop lourd tribut à l’École et ses non-dits et à notre société de fausse bienveillance et de vraie malfaisance.

 

Pour terminer sur une note plus pratique, ce livre centré sur une lycéenne de seconde ne sera pas accessible à la plupart des élèves de moins de 13 ans, sous réserve d’une maturité suffisante, car les événements abordés sont difficiles, et la manière dont ils le sont, âpre et parfois grossière, violente, pourrait heurter des lecteurs trop innocents, mais l’ensemble est fait avec une grande justesse. Mon seul regret tient probablement dans le parti-pris de l’auteur qui choisit de parasiter cette introspection mortifère avec des adresses au lecteur de la part du personnage, adresses destinées à susciter la réflexion, certes, mais qui altèrent pour moi la qualité de l’immersion et la cohérence de ce personnage qui se mure par ailleurs dans la solitude et le silence d’une agonie d’abord subie puis épousée comme un refuge contre le pire.

 

Si vous souhaitez prolonger cette réflexion sur le harcèlement scolaire, je vous propose de parcourir ma publication à ce sujet, compilant témoignages, créations et outils pour comprendre et affronter ce fléau qui pourrit la vie de millions d’enfants.

Bonne lecture, et bonne entrée en lutte, si ce n’est pas encore le cas. Quant à celles et ceux qui souffrent en silence, persuadez-vous des seules choses importantes : vous n’êtes ni seul·e ni sans solutions, et ce n’est pas à vous d’avoir honte et peur, mais à vos bourreaux et aux adultes qui vous protègent si mal. Battez-vous, car c’est votre droit et votre vie, mais ne le faites pas seul·e, car vous n’êtes pas seul·e. Chaque victime qui demande de l’aide s’en verra offrir. Parce qu’un bourreau impuni fera de nouvelles victimes et qu’on souffre toute sa vie d’avoir été harcelé. La honte et la peur doivent changer de camp.

 

Rumeurs, tu meurs !, de Frank Andriat
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Avis de lecture — Bande de poètes, d'Alexandre Chardin

 

Il y a du Roméo, du Cid, du Cyrano

Dans ce roman en vers écrit pour des ados !

Ses héros d’aujourd’hui ont un panache fou,

Et le style est puissant, puisqu’on dévore tout !

C’est un récit d’amour, un récit d’amitié

Qui réchauffe le cœur entre deux coups donnés,

Qui est intelligent et rondement mené,

Qui questionne le monde et notre humanité.

Julien est fils du maire, et, pour mieux se refaire,

C’est dans un quartier chaud qu’il arrive au collège.

Là-bas, c’est un nouveau, un intrus qui dérange,

Mais très vite l’enjeu n’est plus vraiment scolaire…

Juliette est nommée Nour, et sa langue acérée

Conquiert sa liberté beaucoup mieux qu’une épée !

Amir et ses amis seront-ils ennemis ?

Julien, si différent, gagnera-t-il sa place ?

La vive et forte Nour sera-t-elle un appui ?

Abou, l’ami d’Amir, fera-t-il de la casse ?

Venez le découvrir, slammez-le, que vos voix

Portent bien haut ces rimes qui vous séduiront,

Car, si parfois les vers ne marchent pas très droit,

Ils sont pleins de trésors qui vous étonneront !

La poésie est belle à qui sait l’apprécier,

Mais il faut bien pour ça un beau jour commencer :

Alexandre Chardin offre ici l’épopée,

La tragédie en vers avec simplicité !

Alors, n’attendez plus, sceptiques et blasés :

Il suffit d’essayer, et vous l’adopterez !

Bande de poètes, d'Alexandre Chardin

Récits historiques

Récits historiques
Le petit théâtre des opérations,de Monsieur Le Chien et L'Odieux Connard
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Avis de lecture — Le petit théâtre des opérations, de Monsieur Le Chien et L’Odieux Connard

 

Quand on surfe sur Internet, il n’est pas rare de boire la tasse. La plupart du temps, même, on en ressort avec une vague nausée et transi jusqu’à l’âme. C’est que la toile ressemble plus souvent à un piège où chacun se perd qu’à un réseau où tous se retrouvent.

Mais parfois survient LA vague.

 

Je devais comme à mon habitude dériver au gré des courants mous d’entre-deux-marées quand je suis tombé sur une présentation succincte d’une BD dont l’auteur, qui se nommait lui-même L’Odieux Connard, en faisait une promotion énergique et piquante. Bonne pâte, j’ai donc cliqué sur le lien que voici.

 

Dès lors, comment vouliez-vous que je ne désire pas cette promesse délectable de rire grinçant et de sapience drolatique ?

Et il est enfin né, le divin présent, sous le roi des sapins ! À peine déballé, mes yeux accrochaient la couverture glacée et luisante ! À peine accrochée, la couverture mangeait mon regard de couleurs et de signifiance ! À peine mangé, mon regard se jetait à l’assaut des pages ! Bref, vous l’avez compris, dans l’effervescence du grand déballage de plaisirs éphémères et de déchets durables, j’avais déjà plongé dans les anecdotes savoureuses de ce livre d’Histoire pas comme les autres.

 

Un dessin énergique aux détails stimulants et amusants, des cartouches emprunts d’un humour mordant, des phylactères dynamiques ponctués de clins d’œil et de blagues, le tout dans une mise en scène des petites histoires de la Grande Histoire qui flatte l’imagination et fouette à la foi le désir d’aventure et de prouesse comme l’indignation dont seul peut faire preuve avec facilité celui qui peut juger en connaisseur ce qu’il n’a pas eu à endurer...

 

Vous l’avez compris, j’ai adoré, et je ne doute pas que ce soit aussi votre cas !

 

D’ailleurs, j’ai moi aussi un petit cadeau...

 

Comme je ne l’ai découvert que bien après avoir refermé le livre... il y a plusieurs tomes ! Comme ça, je saurai quoi demander au Papa Noël, l’an prochain !

 

Texte d’accroche officiel :

 

« Sur un ton décalé, mais toujours documenté, L’Odieux Connard et Monsieur Le Chien ressuscitent les héros et événements oubliés des grandes guerres pour leur rendre hommage.

 

Connaissez-vous l’histoire de la résistance héroïque des fusiliers marins bretons à Dixmude ? Et celle des héros de Menton ? Si les deux Guerres mondiales furent un énorme gâchis en vies humaines, elles furent aussi le théâtre d’actes de bravoure individuels et collectifs et d’anecdotes aussi drôles qu’improbables.

Et au cas où vous vous poseriez la question, oui, tout est vrai. »

Récits policiers

Récits policiers

AVIS DE LECTURE — Les cochons sont lâchés, de Frédéric Dard, alias San Antonio.

 

« Si un jour on te demande quel est le plus gaulois des San-Antonio, le plus vert, le plus salingue, le plus rabelaisien, le plus scatologique, le plus grivois, le plus too much, réponds sans hésiter que c’est “Les cochons sont lâchés”. Peut-être parce que c’est le seul ou San-Antonio ne joue aucun rôle, sinon celui du romancier ? Dans ces pages paillardes, Béru et Pinuche sont lancés seuls à l’aventure, afin de dénouer une ahurissante affaire. Mais le pénis “hors paire” de Bérurier sera leur braguette de sourcier.

Grâce à cet appendice exceptionnel, ils franchiront tous les obstacles. 

Les cochons sont lâchés, de Frédéric Dard (San Antonio)
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Comment ?

Lis et tais-toi !

L’heure est grave ; l’heure est folle : les cochons sont lâchés ! Retiens ton souffle, ma jolie. Et surtout ne déboucle pas ta ceinture si tu ne veux pas qu’il t’arrive un turbin ! »

 

Avec une telle quatrième de couverture, le ton est donné.

 

De Frédéric Dard et San Antonio, je ne connaissais que la réputation de livres sales, grossiers, sexuels. De la pornographie parodique, en somme, dont l’auteur s’était protégé par un pseudonyme bien pratique pour que l’opprobre public jamais ne l’atteigne. Du coup, quand j’ai eu l’opportunité de découvrir l’un de ces livres en version audio, ma foi, c’est avec une curiosité un peu paillarde et voyeuriste, mais surtout une réticence tout empreinte de dignité condescendante que j’ai tenté l’expérience.

 

Et je dois dire que j’en ai été surpris et en même temps conforté.

 

Surpris parce que, ma foi, une langue si grossière pour raconter des choses si triviales était pour moi un OVNI littéraire autant qu’une provocation intellectuelle, mais également conforté, parce que je m’attendais obscurément à ce genre de sous-littérature sale.

 

Sauf que la lecture en audio a ceci de particulier sur le livre papier ou numérique qu’on ne choisit pas de pousser ses yeux en avant, pas plus qu’on ne mobilise sa volonté pour tourner la page ou faire défiler le texte : les voix des comédiens s’imposent à nos sens, nous envahissent et poursuivent leur numéro en dépit de nos réticences.

 

Et c’est tant mieux, au final, car notre gentille conscience psychorigide ne sait pas toujours ce qui est bon pour nous, et l’habitude rassurante n’est souvent qu’une répétition involontaire de nos propres funérailles.

 

Je parlerai donc pour ce récit en particulier, puisque je n’en ai lu aucun autre de la série, mais j’imagine qu’on en retrouve l’équivalent dans le reste de la collection.

 

Dès les préliminaires du roman, on est plongé dans l’anecdote salace d’un couple improbable constitué d’un gominé suffisant en rut et d’une ogresse exposant son avalanche de graisse suintante sur une plage argentine. La langue du narrateur est familière, il interpelle le lecteur, juge ses personnages, et l’homme que l’on découvre s’expose par le truchement excessif d’une libido insatiable qui cherche sa proie avec l’appétit le plus sordide. Et qui la trouve.

 

Frédéric Dard n’élude pas la mécanique des corps ni la grivoiserie du désir sexuel : ne cherchez pas le lyrisme suranné des romantiques ou classiques qui font du corps un temple aseptisé et de l’esprit une toile délicate. Chez San Antonio, tout est triomphe des fonctions vitales, liberté de la pulsion et plaisir de jouir. Les fluides vitaux circulent, s’échangent, se répandent, et c’est le monde entier qui s’en retrouve fertilisé.

 

Bien sûr, c’est une série qui est aussi policière : un meurtre a donc lieu, sur lequel se clôt ce premier chapitre déroutant.

 

Le second chapitre nous transplante violemment auprès d’Alexandre-Benoît Bérurier et de César Pinaud, un duo improbable : le premier est une sorte de caricature populaire grossière et tricarde — et pour cause, puisque sa verge de 41,5 cm est un sésame magique qui lui ouvre tous les possibles, à commencer par l’entrejambe des femmes —, le second une vieille ruine dont les tripes agonisent constamment. Ça baise, ça picole, ça chie, ça pisse, ça pète, ça rote, ça vomit, ça pue, mais ça vit avec jouissance et intensité. Et ça va de l’avant, puisque ce binôme extraordinaire constitue une paire de policiers originale qui va partir pour l’Argenterie afin de mener une enquête des plus exotriques.

 

Passé le choc des mots et des images, on se laisse happer par ce qui fait la force de Frédéric Dard dans ses San Antonio : pas l’obscénité dans ce qu’elle a de provocatrice, mais la vivacité d’une langue populaire à l’argot débridé, où les fautes de langue deviennent poésie et la trivialité du corps un culte païen à la truculence du vivant.

 

En fait, Frédéric Dard ne fait ni plus ni moins que ressusciter Rabelais, le moderniser et le sublimer. Les jeux de mots souvent cocasses introduisent des fulgurances bien plus profondes, et la complémentarité des deux comparses, Béru le serial baiseur à la langue hyperactive mais approximative et Pinuche le cagueur compulsif et cultivé au parler suranné, assure un contraste qui met en lumière la grossièreté comme une poétique d’un principe vital libéré de toute contrainte sociale.

 

Je suis profondément pénétré par la problématique des violences sexistes et sexuelles, et mon radar à culture du viol a souvent hurlé, lorsque le benne dégrafé du Priape dégueulasse qu’est Bérurier faisait se pâmer sur son chemin tout ce qui portait un vagin, dans une univoque démonstration que le désir de l’homme précède, révèle et suscite le désir féminin — ce qui est la mécanique même de la culture du viol, puisqu’on fait fi du consentement féminin, arguant qu’il suffit de désirer une femme et de lui imposer suffisamment ce désir pour que n’importe laquelle découvre qu’elle n’attendait finalement que ça.

 

Toutefois, force est de constater pour ma part, que ce signal d’alarme qui a affolé mes écrans s’est vite émoussé au profit d’une compréhension plus subtile du phénomène : on n’est pas là face à une allégorie de la toute-puissance du désir masculin, mais bien face à la démonstration vibrante, suintante et orgasmique que TOUS les corps sont chair sensible faite pour frissonner et jouir, et il y a là une représentation originale et littérale d’un épicurisme bienveillant qui conduit à une forme d’humanisme dont on n’a pas l’habitude, pénétré de l’idée fort chrétienne et méditerranéenne que le corps est notre écot au Malin quand notre esprit est notre prie-Dieu, le lutrin de notre élévation. D’ailleurs, Alexandre-Benoît Bérurier n’impose en réalité jamais son désir, mais s’offre à qui veut jouir de ses dons naturels pour la galipette ascensionnelle — et à cheval donné, on ne regarde pas les dents, fussent-elles répugnantes.

 

Frédéric Dard, entre la pure raison qui méprise le corps et le corps bestial qui méprise le vivant, propose une voi·e·x médiane qui magnifie l’esprit universel d’une humanité réconciliée par l’exultation complice des corps libérés.

 

Il faut quelques pages pour atteindre cette lumineuse révélation, je le reconnais.

 

Mais, en audio, le livre ne tombe pas des mains, et les comédiens servent avec brio les personnages et la narration.

 

Vous l’aurez compris, je pense, c’est un livre qu’on prend avec des pincettes, qu’on dévore avec une fascination horrifiée, et qui contente malgré nous un appétit de vie insoupçonné. Bref, rafraîchissant et à expérimenter !

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Avis de lecture — Sidgil, tome 1, de Nat S. Evans

 

Comme beaucoup de monde, j’aime les jolis livres. J’aime ces beaux objets soignés dont on aime toucher la couverture, sentir les pages, ce poids du bonheur à vivre pendant quelques heures au creux de la main.

Comme beaucoup de monde, je suis sensible aux efforts de finition et de mise en valeur que les professionnels de l’édition savent si bien mener pour nous séduire.

Comme beaucoup de monde, je suis souvent déçu. Parce que le talent investi dans la promotion de ces livres est souvent supérieur au talent investi dans leur écriture. Parce que le marché du livre se fonde davantage sur le bénéfice financier espéré que sur la valeur intrinsèque du récit. Parce que force est de reconnaître qu’on vend mieux un nom qu’un récit.

J’ai testé le dernier Slimani, le dernier Jugnot, le dernier Musso. Leur point commun ? On me les avait bien vendus, et leur célébrité leur ouvrait plateaux télés et émissions de radio, me donnant envie de découvrir ces trésors ainsi exposés sur de tels piédestaux.

Mais voilà : j’ai découvert des récits au final plutôt insipides, le tout écrit dans un style sans aspérités. Des histoires lues poussivement et oubliées sitôt le livre refermé.

Pourtant, à côté de ces poids lourds des librairies, des milliers de livres anonymes attendent de bouleverser leurs lecteurs, de les accrocher, de les entraîner dans leur fièvre, leur folie ou leur poésie. C’est là le cruel sort des auteurs indépendants, ces autoédités qui ne sont rien mais sont pourtant tellement plus que bien des best-sellers survendus.

C’est l’un de ces livres invisibles que je veux aujourd’hui vous présenter : "Mystika — Le réveil des dieux — Tome 1 — Sidgil", de Nat S. Evans - auteur. Lorsque j’ai connu son autrice, elle en était en pleine réflexion sur l’écriture de ce premier roman. Inexpérimentée mais autodidacte frénétique, elle était avide de tout comprendre, de tout maîtriser. Et elle est allée au bout de son projet, à force de travail et de détermination. Seule ou presque, elle a écrit, trouvé des bêta-lecteurs, s’est auto-formée sur l’écriture, la correction, le graphisme, l’édition, la vente, le marketing, et elle l’a fait. Bien évidemment, il y a des maladresses qu’on ne trouverait pas dans un roman édité par une maison d’édition prestigieuse, mais elle nous livre là un récit qu’on ne trouve pas non plus chez ces éditeurs de renom qui préfèrent vendre des noms plutôt que de porter des textes.

Son récit est original, construit avec rigueur et intelligence, et le tout est à la fois palpitant et déconcertant. Les premières pages semblent nous conduire dans l’un de ces récits distrayants et faciles, alliant action et suspense, mais le premier mouvement du thriller policier laisse rapidement la place à une romance étrange empruntant autant à une novela outrée qu’à un roman de la collection Harlequin, puis c’est la tension dramatique qui revient en force, doublée d’une montée du fantastique. Enfin, alors qu’on commence seulement à prendre ses marques, à projeter quelques hypothèses, la mythologie, le merveilleux, la fantasy, l’horreur et l’action explosent en un cocktail détonnant et addictif qui nous laisse frustrés aux portes du tome 2, que j’attends à présent avec impatience.

Vous cherchez un livre que vous n’avez jamais lu ? Tentez donc celui-ci : vous récompenserez une autrice méritante pour un travail remarquable, et vous vous offrirez sans conteste un pur dépaysement !

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Avis de lecture — Sidgil, tome 2, de Nat S. Evans

 

SIDGIL ou la gifle littéraire

Il y a un an, je vous faisais part de ma lecture du premier tome d'une saga originale : "Sidgil — Tome I — Le Réveil des Dieux : Mystikà", un roman de Nat S. Evans - auteur.

Il s'agissait d'une expérience étonnante à laquelle je vous encourageais.

Aujourd'hui, je vous rends compte de ma lecture du second tome : "Sidgil — Tome II — Le Réveil des Dieux : Apokàlupsis".

Ce second opus, je l'attendais avec impatience, parce que le premier tome avait bien installé les choses et m'avait laissé sur un suspense frustrant. Eh bien ce second tome enchaîne sans temps mort les rebondissements, confirmant ce que je disais déjà du premier tome : c'est une histoire comme vous n'en avez jamais lu !

Si le correcteur que je suis ne valide pas tout, je salue une prouesse d'autoédition qui dénote une détermination et une intelligence exemplaires : Nat S. Evans - auteur trace sa route avec rigueur et nous livre là une deuxième preuve de ses qualités !

Si on devait réduire son histoire à une image, ce serait celle du mixeur. En effet, s'y trouvent mélangés tant de codes et de thèmes qu'on y détrompe sans cesse le lecteur quant aux attentes initiales qu'il pouvait avoir, et, de surprise en surprise, c'est une aventure cohérente et épique qui se dessine page après page. Romance, fantasy, mythologie, Histoire, policier, comique, mélodrame, horreur... En vérité, le récit est si riche que le classer revient à l'amputer.

Je ne veux pas divulgâcher l'intrigue, mais l'héroïne poursuit sa quête à travers l'espace et le temps, multipliant rencontres et expériences qui vont la forger et l'amener peu à peu à comprendre qui elle est et quels sont ses choix et missions, sa part de destinée et de libre arbitre.

En plus, si vous achetez ce livre, vous obligerez Nat S. Evans - auteur à finir d'écrire la suite, que j'attends avec impatience sous mon prochain sapin !

Bref, vous l'aurez compris, c'est un livre avec de nombreuses qualités que l'autoédition livre ici, et il serait regrettable de se priver de ce plaisir !

Courez le lire !

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Sidgil, Nat S.Evans
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